Glucksmann sur la rampe de lancement
Le candidat de l’émancipation sociale-démocrate l’a emporté sans contestation possible. La ligne Faure est désavouée et Jean-Luc Mélenchon devenu persona non grata au sein de la gauche républicaine. Avant le sprint final, Glucksmann a trois mois pour s’imposer.
C’est la victoire de la clarté, nette et sans bavure. Avec deux tiers des voix dans une primaire à la participation meilleure que prévu, Raphaël Glucksmann est désigné avec éclat comme candidat de la gauche républicaine et réformiste. En dépit d’une campagne difficile, marquée par des débats tendus et des polémiques éprouvantes, le chef de Place publique a raflé la mise sans aucune contestation possible.
Une victoire nette pour Glucksmann
Le résultat tient à sa personnalité, sincère, directe, enthousiaste. Il tient aussi à la volonté nettement exprimée des électeurs de la gauche démocratique, qui veulent une alternative claire au macronisme, à l’extrême droite menaçante et, tout autant, à la démagogie agressive de Jean-Luc Mélenchon. La campagne a largement tourné autour des rapports entre les deux gauches, radicale et réformiste. La réponse ne souffre aucune ambiguïté : les militants, les adhérents, les sympathisants, appelés à un vote démocratique, ne veulent plus entendre parler d’une alliance avec La France insoumise. Il est même probable que les propos irresponsables tenus au début du mouvement lycéen par les chefs de LFI ont encore renforcé leur détermination.
La ligne Faure est désavouée à une majorité écrasante : une nouvelle phase de l’histoire du PS s’ouvre aujourd’hui, même si le premier secrétaire, par l’effet des statuts, reste en place. Il a voulu cette primaire : elle s’est finalement bien passée. Les socialistes, seuls à ce stade de la campagne présidentielle, ont choisi la démocratie interne. Ils ont gagné leur pari, mais ils sont dirigés par une équipe dont le champion a été balayé par le vote. Paradoxe difficile à tenir sur la durée…
Le PS face à une nouvelle ligne
Une leçon, en tout état de cause, s’impose d’elle-même : la social-démocratie dont on affectait de se moquer, qu’on disait à l’agonie, dont on prédisait la disparition, est toujours vivante et trouve dans ce vote l’espoir d’une renaissance. La domination de LFI sur le camp progressiste est remise en cause, une autre gauche, rationnelle, crédible, républicaine et écologique reprend des couleurs et ouvre la voie d’une émancipation. Les électeurs de la primaire savent que les outrances de LFI, son programme irréalisable, ses ambiguïtés avec l’antisémitisme, son communautarisme à peine déguisé, s’ils rencontrent l’humeur dégagiste d’une partie de l’électorat, mènent tout droit à la division du pays et à l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite. Seul un projet politique de justice et de réalisme peut enrayer ce scénario sinistre. Plutôt que de discuter sans fin des alliances, les socialistes veulent être eux-mêmes. Il est temps. Il reviendra ensuite à leurs partenaires historiques, le PCF et les écologistes, de se déterminer. C’est le seul chemin possible vers la victoire.
Trois mois pour créer une dynamique
Commence maintenant la deuxième phase de la campagne présidentielle. Raphaël Glucksmann a marqué un essai, il lui reste à le transformer en déclenchant une dynamique populaire autour de sa candidature. Seul en scène à gauche, Jean-Luc Mélenchon a pris la tête de la compétition, tout comme le RN face à la droite. Ce tête-à-tête délétère sera-t-il interrompu par Glucksmann ? Il incombe au candidat désigné par la primaire de faire valoir ses projets et d’imposer sa personnalité. Avant le lancement du sprint final, sans doute au mois de janvier prochain, il a trois mois pour convaincre.



