Le long chemin de Raphaël Glucksmann

par Valérie Lecasble |  publié le 13/10/2026

Depuis son joli score de 14 % aux élections européennes de 2024, Raphaël Glucksmann est soumis à des vents contraires censés annoncer son effondrement prochain. Lui a tenu bon, jusqu’à obtenir un quasi-plébiscite à la primaire de la gauche. Parcours d’un homme déterminé.

Raphaël Glucksmann, dans la cour de l'Élysée, le 18 septembre 2026, pour une réunion entre le président français Emmanuel Macron et les dirigeants des partis politiques. (Photo Telmo Pinto / NurPhoto via AFP)

Que de chemin parcouru ! Depuis cette funeste soirée de juin 2024 où Raphaël Glucksmann s’était fait tancer par la direction du Parti socialiste, forcé de se taire alors qu’il venait d’emporter quelque 14 % aux élections européennes, jusqu’au jour de sa victoire écrasante, avec les deux tiers des voix, à la primaire de la gauche, le candidat a gagné en force et en conviction. L’objet du litige ce soir-là, qui était aussi celui de la dissolution ? Sa volonté de rupture avec LFI quand Olivier Faure lui impose au contraire l’accord électoral du Nouveau Front populaire.

La rupture avec LFI s’affirme

Depuis, il n’a rien lâché, contrairement à ce que lui prédisaient les mauvaises langues. Accusé d’avoir trop facilement obtempéré, il estime qu’il n’avait pas les cartes en main. Déçus, ses électeurs le jugent alors frileux, considérant qu’un vrai homme politique aurait tapé du poing sur la table. Rien d’étonnant, argumentent-ils : obnubilé par l’international, il ne connaît rien à la France ni aux Français. Blessé, Raphaël Glucksmann n’a pas les armes pour réagir. Tout l’été – le pire de sa vie, avoue-t-il –, il rumine sa rancœur avant de prendre sa décision. On ne l’y reprendra plus : puisqu’Olivier Faure l’a ainsi entourloupé, il mènera son propre combat.

Ainsi lance-t-il, début octobre 2024 à La Réole, son parti à lui, Place publique, dans l’espoir de créer un rapport de forces. Jérôme Guedj a fait le déplacement : les deux hommes s’accordent sur la nécessité de ne jamais passer d’accord avec La France insoumise.

Les quolibets ne tardent pas devant le vaste désordre d’une organisation trop compliquée qui doit reculer la publication du programme qu’il a promis. Cela n’empêchera pas Raphaël Glucksmann de prendre deux ans plus tard sa revanche : au vote de la primaire de la gauche, Place publique revendique 28 400 adhérents contre 31 000 à jour de leur cotisation au Parti socialiste : l’écart n’est même pas de 3 000 militants…

Les débats renforcent sa candidature

Arrive le débat sur LCI où Raphaël Glucksmann affronte Éric Zemmour : le dénigrement reprend. Il a été mauvais, bruisse le microcosme parisien. Cet homme-là ne sera jamais président de la République. Ce qui pousse Olivier Faure à réclamer trois débats pour la primaire de la gauche, sur LCI, France 2 et BFMTV, convaincu qu’avec l’aide de sa complice Ségolène Royal, ils n’en feront qu’une bouchée.

D’où l’attaque frontale de l’ex-candidate de 2007 à propos de la « danse du ventre » dont Raphaël Glucksmann l’a accusée. Rebelote, le candidat apparaît ce soir-là, dit-on, comme un petit garçon. Au QG de la candidate, les militants sabrent le champagne, ravis du joli coup médiatique. En réalité, le stratagème se révèle contre-productif : les piques à répétition de l’une et de l’autre ont probablement contribué à porter Glucksmann jusqu’à un score inespéré de 66 %. Avec les près de 6 % de Jérôme Guedj, ils atteignent quelque 73 % des sympathisants de la primaire qui refusent de pactiser avec La France insoumise.

Raphaël Glucksmann redoutait cette primaire. Il aurait préféré s’imposer naturellement puisque le PS lui avait déjà donné par deux fois l’occasion de mener sa liste aux élections européennes. Mais Olivier Faure n’a pas voulu lui faire ce cadeau pour la mère des batailles, la présidentielle. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, il décide d’y participer. À présent, il s’en réjouit : il valait mieux ne pas laisser la poussière sous le tapis, la primaire a clarifié les positions. Désormais, assure-t-il, plus personne ne pourra remettre en cause la ligne politique sans LFI qui a été démocratiquement votée, y compris par les adhérents du Parti socialiste où Olivier Faure, avec ses maigres 14 %, est minoritaire.

Le défi présidentiel commence

Et maintenant ? La ritournelle continue : Raphaël Glucksmann aura-t-il les moyens de fédérer la gauche et de la rassembler face à LFI qui a juré sa perte, s’interrogent les uns. Il ne représente pas la vraie gauche qui serait par définition unie, dénoncent en chœur les Marine Tondelier, Clémentine Autain ou Alexis Corbière. Sans que l’on sache encore ce qu’il va advenir du parti Les Écologistes, déchiré qu’il est entre trois tendances : les pro-LFI (Sandrine Rousseau), les indépendantistes (Marine Tondelier) et les pro-Glucksmann (Yannick Jadot).

Raphaël Glucksmann sera-t-il capable de créer une dynamique en progressant dans les sondages jusqu’à revenir sur Jean-Luc Mélenchon ? Tel est son nouveau défi qui est loin d’être gagné, avec au moins six points de retard et beaucoup moins de bouteille que le leader de LFI. Le chemin est long et semé d’embûches avant le vrai démarrage de la campagne présidentielle à la fin de l’année. Mais Raphaël Glucksmann nous a appris une chose : il ne faut pas le sous-estimer.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique