Chikli, la caution israélienne du RN

par Sébastien Lévi |  publié le 13/10/2026

Accusé d’antisémitisme, Jordan Bardella a trouvé dans le ministre israélien Amram Chikli un allié de circonstance. Ce rapprochement s’inscrit dans une profonde évolution des relations d’Israël avec l’extrême droite européenne.

Jordan Bardella avec le ministre israélien des Affaires de la Diaspora, Amichai Chikli, sur le site du festival Supernova le 26 mars 2025, au mémorial dédié aux victimes et aux otages des attentats du 7 octobre 2023 perpétrés par le Hamas. (Photo Jack GUEZ / POOL / AFP)

En mars 2025, le nouveau ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, décidait de se rapprocher de trois partis d’extrême droite : Vox en Espagne, les Démocrates de Suède et le Rassemblement national. Un mois plus tard, Amram Chikli, ministre chargé de la diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme, organisait une conférence sur l’antisémitisme à laquelle participaient des représentants de l’extrême droite, dont Jordan Bardella et Marion Maréchal. Pour Marine Le Pen, cette visite quasi officielle en Israël, sur le thème de l’antisémitisme de surcroît, représentait l’aboutissement d’une longue marche entamée lorsqu’elle avait succédé à son père, en 2011, à la tête du Front national, rebaptisé Rassemblement national en 2018.

C’est dans ce contexte que l’ambassadeur d’Israël à Paris, Joshua Zarka, devait recevoir Marine Le Pen en avril 2026, qualifiant le RN de « partenaire avec qui nous pouvons parler ». L’intéressée avait recherché cette normalisation, cette « cashérisation », auprès du CRIF, sans jamais l’obtenir, au grand dam de certaines figures de la communauté juive française, comme Serge Klarsfeld ou Gilles-William Goldnadel. Cette alliance entre le gouvernement israélien et le RN — et, au-delà, avec l’extrême droite européenne — bénéficie aux deux parties.

Le sésame de la dédiabolisation

Pour le RN, le « sésame israélien » est un élément essentiel de sa stratégie de dédiabolisation : il lui permet de se défaire de l’accusation d’antisémitisme. Le but est moins de convaincre les électeurs juifs, dont le poids électoral est limité, que de rendre le vote RN « cachère » aux yeux de l’électorat français dans son ensemble. La présence massive d’élus RN à la manifestation contre l’antisémitisme de novembre 2023, comme leurs positions résolument pro-israéliennes, tiennent au moins autant à la sincérité qu’au calcul politique. C’est en ce sens que les accusations publiées par Mediapart contre Bardella sont dévastatrices : le soutien appuyé de Chikli à Bardella et la mansuétude de Zarka dans cette affaire peuvent jouer un rôle important dans la tentative, malaisée, du RN de maîtriser l’incendie.

Un pari risqué pour Israël

Pour Israël, de plus en plus isolé sur la scène internationale, ce rapprochement porté par Chikli offre la possibilité de compter sur des partis qui lui manifestent de la sympathie et avec lesquels il partage, selon l’auteur, une hostilité envers l’islam et les musulmans. Le danger pour l’État hébreu est d’accentuer ainsi son isolement auprès des opinions publiques européennes, notamment des jeunes. Après avoir coupé les ponts avec le Parti démocrate aux États-Unis, il prend aujourd’hui le même risque avec la gauche européenne, bien au-delà de LFI, et avec les partis centristes, en s’affichant comme partenaire idéologique et politique de l’extrême droite européenne.

Le rapprochement d’Israël avec l’extrême droite, que rappelle l’affaire Bardella, en dit long sur le positionnement du gouvernement israélien. Celui-ci met en œuvre l’objectif énoncé par son Premier ministre : faire d’Israël une Sparte autosuffisante, dans un isolement revendiqué.

Cette vision de la place d’Israël dans le concert des nations sera un autre enjeu majeur du scrutin du 27 octobre prochain.

Notre correspondant aux États-Unis Sébastien Lévi, spécialiste de la politique israélienne, donnera une conférence en ligne dans cadre des rencontres Tenoua le 18 octobre à 18 heures pour présenter les modalités et les enjeux des élections en Israël. • Inscription en ligne via ce lien

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis