Marine Le Pen, la candidate Tefal
Rien ne semble affecter la championne de l’extrême droite qui, malgré critiques et polémiques, est au plus haut dans les intentions de vote, ratatinant désormais tous ses adversaires au second tour. Plus que six mois pour faire mentir les sondages !
Remous et remugles paraissent glisser sans la toucher sur Marine Le Pen, la candidate Tefal de cette campagne présidentielle décidément hors normes. Rien, pour l’instant, ne fait fléchir ses chances. Au contraire, elles se consolident à en croire le dernier sondage Toluna-Harris, qui lui accorde une fourchette entre 35 et 37 % au premier tour et des scores de 56 et 67 % au second, selon qu’elle est opposée à Édouard Philippe ou Jean-Luc Mélenchon. C’est à croire qu’une majorité de Français a vraiment décidé de se boucher les oreilles ! Car il y aurait là de quoi déstabiliser Sainte Marine…
Une avance qui résiste aux polémiques
À commencer par le passé antisémite de Jordan Bardella, dont les dénégations ne convainquent pas grand monde. Visiblement, cela ne touche pas Marine Le Pen. Mieux encore, elle convainc davantage aujourd’hui qu’en juillet dernier ! Elle a pourtant renouvelé sa confiance à l’homme qu’elle a mis en place pour diriger le parti et continue de dire qu’il sera son Premier ministre en cas de victoire. Car il reste populaire malgré les révélations réitérées de Mediapart, qu’il nie malgré l’évidence. Le couple Le Pen-Bardella passe à autre chose comme si de rien n’était. Une tactique payante, apparemment, au moins pour le moment. Sidérant.
Comme l’est la résistance – ou plutôt la résilience – de la candidate à tout ce qui devrait l’accabler. Rappelons quand même qu’elle est condamnée pour détournement de fonds publics, sans que personne ne s’émeuve, et qu’elle a le culot d’accuser le gouvernement de dilapider ce même argent des contribuables dans le budget de l’État. Quand l’accusée devient procureur… Le monde à l’envers.
Notre condamnée, donc, continue à proférer des énormités qui sont dénoncées bien faiblement par ses adversaires, comme s’ils étaient fatigués de se heurter à un mur. Interdire le voile dans l’espace public, modifier la Constitution par le référendum de l’article 11 de notre loi fondamentale, instituer la préférence nationale – pardon, la « priorité », dit-on maintenant au RN – privant les étrangers de droits fondamentaux, tout cela est parfaitement hors la loi et dénoncé comme tel, mais vogue la galère, circulez, il n’y a rien à voir, puisque le peuple l’approuvera.
Le programme économique sous pression
De même, Marine Le Pen prend ce même peuple pour un parfait imbécile quand elle explique qu’elle économisera 140 milliards d’euros tout en creusant les déficits en revenant à la retraite à 60 ou 62 ans et en allégeant les impôts et les charges. Elle promet même de se plier à une règle d’or très élaborée qu’elle ne pourra évidemment pas respecter si elle tient ses promesses. Mais cela passe crème, comme elle aime dire elle-même.
Jusqu’à sa politique étrangère, qui devrait émouvoir les citoyens – elle veut couper les crédits à l’Ukraine et imposer une paix dont Vladimir Poutine ne veut pas – mais cela passe comme le reste, dans le flot des outrances. Celles-ci sont colportées d’une seule voix par tous ses porte-flingues dans les médias, avec une assurance que rien ne semble devoir troubler, quelle que soit la faiblesse du raisonnement. Quoi qu’on leur reproche, la réponse est toujours la même : eux ne sont responsables en rien du chaos actuel, les milliards de déficit et la violence à tous les étages. Alors qu’on ne vienne pas leur faire la leçon…
L’actualité apporte hélas tous les jours de l’eau à son moulin. Elle n’a même plus besoin de parler, les images de casseurs le font pour elle. Pour l’heure, qu’elle s’exprime ou qu’elle se taise, elle engrange. Il semble qu’une majorité de Français ne veulent plus entendre des propos nuancés émanant du cercle de la raison. Déjà, dans les débats lors des européennes entre Jordan Bardella et Gabriel Attal, alors que le premier avait été nettement dominé par le second, les Français jugeaient le lendemain que c’était le dauphin de Marine Le Pen qui l’avait emporté. Quand on veut y croire…
Six mois pour inverser le rapport de force
Qui dessillera les yeux de ces électeurs décidés à tenter l’aventure en installant la fille de Jean-Marie Le Pen à l’Élysée ? Le pape a tenté une critique de l’intolérance, les marchés ne cessent de klaxonner leur inquiétude, les divers candidats démocratiques tentent de s’ériger en meilleur rempart contre le RN… en se cassant les dents sur une forme d’indifférence. Le vent de dégagisme est si fort qu’il aveugle. Le dernier venu dans la course, Raphaël Glucksmann, dont c’est clairement le combat de battre l’extrême droite, saura-t-il profiter de l’aura que lui donne sa belle victoire à la primaire pour convaincre du danger RN ? À lui de jouer désormais.
L’espoir peut venir de Marine Le Pen elle-même, qui peut se tirer une balle dans le pied en instillant le doute sur ses capacités à gérer un pays au bord du gouffre. Son projet ne tient pas la route, sauf à sortir de l’Europe, de ses règles et de ses valeurs. Les Français finiront peut-être par avoir peur de s’embarquer dans l’inconnu et préférer son adversaire du second tour, sauf s’il s’appelle Jean-Luc Mélenchon.
C’est pourquoi il ne faut pas renoncer à dénoncer la mascarade du RN et de sa championne, en proposant un autre chemin. Pour l’instant, ni Édouard Philippe à droite, ni Raphaël Glucksmann à gauche ne réussissent à écarter le danger. On a envie de leur rappeler la célèbre citation de René Char pour leur donner du cœur à l’ouvrage : « Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder, ils s’habitueront. » Il reste six mois pour convaincre…



