En Auvergne, l’orchestre déplace des montagnes
Rencontre avec Lila Forcade, directrice générale de l’Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes, une formation très engagée sur le terrain social.
L’audace et le sérieux. C’est en 1981 qu’a vu le jour l’orchestre d’Auvergne. Une époque où la culture était considérée comme une priorité par les pouvoirs publics. Avec opiniâtreté, lucidité, les responsables de cette formation n’ont pas cessé de promouvoir la musique auprès d’habitants qui ne disposent pas tous d’un accès naturel à la culture savante. Aux cyniques abreuvés de prestations de prestige, l’Orchestre national en région – label obtenu voici déjà sept ans, reconnaissance d’un travail accompli de façon remarquable – apporte la puissance de son ancrage local et, disons-le mot, la ferveur d’une politique ouverte à tous. Dans le contexte actuel, comment ne pas saluer pareille performance ?
Un orchestre ancré dans son territoire
« Comme tout le monde, nous subissons les conséquences des baisses graduelles de subventions, reconnaît Lila Forcade, directrice générale de l’Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes. Mais nous sommes protégés pour l’instant en tant que structure labellisée ; certes, nous sommes conscients que nous pourrions connaître, l’année prochaine, de nouvelles baisses de financement. Cependant, la région continue de nous soutenir et nous considère comme un partenaire essentiel étant donné notre présence effective sur le territoire et le rôle d’ambassadeur lors des tournées internationales de l’orchestre. Nous sommes également le seul orchestre professionnel d’Auvergne. »
À cent lieues d’une démagogie qui consisterait à promouvoir des compositeurs pour ascenseurs aux côtés de Mozart, l’équipage dont le violoniste autrichien Thomas Zehetmair est le chef principal multiplie les initiatives dans les communes rurales afin de faire entendre des œuvres de haute qualité. « Dans les stations de ski, lorsque la pleine saison s’achève, les gens sont en demande d’activités culturelles, souligne Lila Forcade. Les musiciens de l’orchestre sont très engagés, n’hésitent pas à s’installer en résidence dans des communes rurales et à jouer des partitions difficiles. Voici quelques semaines, ils ont interprété deux quatuors de Beethoven, l’opus 74 et l’opus 132, dans une version pour orchestre à cordes. Ce sont des œuvres puissantes mais qui, par leur durée, peuvent être difficiles pour des néophytes. Ils les ont présentées, expliquées, ce qui a permis au public d’être initié, d’être partie prenante du concert et d’en ressentir la splendeur. »
La musique classique au plus près
Auprès des enfants dans les écoles, auprès des personnes âgées dans les Ehpad, l’Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes apporte une musique de qualité, sans arrogance. Démystifier – n’oublions pas que, de nos jours encore, nombre de nos concitoyens pensent que certaines œuvres ne « sont pas pour eux », suivant l’expression traditionnelle – et proposer sans exclusive, telles sont les ambitions de cette formation classique.
Du Beethoven au ciné-concert
Elle ne s’interdira même pas, le 28 octobre, de faire entendre une création d’Amine Bouhafa, compositeur de musique de films, dans le cadre d’un ciné-concert accompagnant Le Sommet des dieux, l’adaptation d’un manga mondialement célèbre. En Auvergne aussi, la musique aime la liberté.
Note de fin de texte : pour en savoir plus : www.onauvergne.com



