Aubagne : réseaux sociaux… et criminels
Ce sont TikTok, X ou Tumblr qui ont diffusé les messages de la True Crime Community, dont la responsabilité est mise en cause dans l’attaque d’un collégien d’Aubagne, et qui s’apparentent à des appels au meurtre. Curieusement, personne ne s’en émeut…
La redoutable sagacité d’Éric Zemmour a une nouvelle fois fait mouche. Invité sur BFM, le leader de Reconquête commente au débotté l’attaque au fusil de chasse d’un collégien contre son proviseur et une professeure, à Aubagne, près de Marseille. « Aubagne est une ville largement grand-remplacée, islamisée, lance-t-il (…), dans une ville islamisée, il y a un degré de violence supérieur aux autres villes. » Interloqué, Maxime Switek lui répond qu’on ne sait rien de l’agresseur, et qu’il est pour le moins hasardeux de relier « coûte que coûte » l’affaire à l’islam et à l’immigration. Qu’importe pour Zemmour : il y a dans cette ville, qu’il décrit comme quasi musulmane, « une ambiance, un climat (…) une culture de la violence », s’attirant aussitôt une verte réponse du maire d’Aubagne.
La piste de la True Crime Community
Puis, les investigations policières progressant, on apprend que cet agresseur était adepte d’une communauté d’internautes fascinée par les crimes de masse commis dans les écoles, la True Crime Community, qui publie toutes sortes de contenus se rapportant à ces tueries et magnifie régulièrement l’action des assassins, qu’elle érige en héros d’une sensibilité nihiliste et masculiniste. Dans plusieurs pays, ses adeptes sont même passés à l’acte. Rien à voir, donc, avec l’immigration, mais bien plus avec les délires morbides de certaines franges de l’ultradroite. Le Zemmour journaliste n’était pas au départ un idiot. Mais il est clair que l’addiction au nationalisme le plus sectaire et au racisme à peine déguisé l’a rendu con.
La responsabilité des réseaux sociaux
Ce qui pose un autre problème, dont Zemmour, évidemment, se gardera de parler. La True Crime Community, expliquent les spécialistes, s’est développée ces dernières années en diffusant ses messages sur les réseaux comme TikTok, X ou Tumblr. Or personne, depuis l’attaque d’Aubagne, n’a eu ne serait-ce que l’idée d’interroger cette pratique. À beaucoup d’égards, les contenus diffusés par cette étrange communauté s’apparentent à des appels au meurtre, c’est-à-dire à des publications parfaitement illégales.
L’armée des naïfs et des complices qui cautionnent ce dévoiement de la liberté d’expression avance en général que les responsables de ces contenus sont ceux qui les mettent en ligne, et non ceux qui les diffusent. La Poste, disent-ils, est-elle responsable du contenu des lettres qu’elle achemine ? C’est là que réside l’escroquerie : les multinationales qui possèdent les réseaux dont on parle sont tout sauf neutres. À la différence de la Poste, elles interviennent sur les contenus qu’elles diffusent par le biais des algorithmes qu’elles utilisent et dont elles sont les seules à connaître le fonctionnement. Elles exercent tout autant leur propre censure privée sur les messages qui les gênent. Et un actionnaire comme Elon Musk ne fait pas mystère de l’orientation réactionnaire qu’il veut imprimer à X (ex-Twitter) depuis qu’il l’a racheté.
Voilà donc des médias (en anglais, « réseaux sociaux » se dit « social media ») qui diffusent en toute connaissance de cause des appels au meurtre sans que personne ne s’en inquiète ni ne réagisse. Sachant que n’importe quel autre organe qui se risquerait à le faire, imprimé ou audiovisuel, se retrouverait quelques jours plus tard devant un tribunal. Ainsi va le débat public dans nos démocraties, arraisonné par les nationaux-populistes à front bas et par les propriétaires de réseaux sociaux qui conspirent au grand jour contre la société.



