Macron et Lecornu : l’impasse

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 20/10/2026

Face à la double crise sociale et sécuritaire, le pouvoir peine à trouver une réponse. Il n’en a plus les moyens, ni politiques ni financiers.

Sébastien Lecornu et Macron participent à une réunion interministérielle de crise, au palais de l’Élysée, le 18 octobre 2026 — au lendemain d’émeutes et de pillages survenus en marge de manifestations nationales contre la « vie chère ». (Photo Ludovic MARIN / POOL / AFP)

Et maintenant, que faire ? Pour répondre au tsunami du 17 octobre, le pouvoir est fort embarrassé, telle la cigale ayant chanté tout l’été et se trouvant fort dépourvue une fois la bise venue. Nous y sommes. L’État, ayant dépensé sans compter, n’a plus un sou en caisse pour soigner les plaies. Pire : le chef de l’État n’a pas plus de roue de secours politique : ayant déjà dissous une fois et usé sept Premiers ministres, il ne dispose d’aucune manette forte à actionner. Sauf à quitter l’Élysée. Ce qu’il refuse : il boira le calice jusqu’à la lie, et les Français avec lui.

Une crise sociale sans marge financière

Alors quoi ? Il s’agit de répondre, au minimum, à une crise sociale d’ampleur, qui recouvre à la fois les revendications des lycéens et celles de leurs aînés victimes de la vie chère. En priant le ciel que les agriculteurs ne rentrent pas de nouveau violemment dans la danse, ou toute autre catégorie en difficulté. On a l’embarras du choix… Le gouvernement danse sur un volcan.

Le dialogue va s’ouvrir avec les syndicats, puis les lycéens. On sait d’avance que les interlocuteurs du gouvernement sortiront tous frustrés. Chaque milliard concédé aux revendications aggravera le déficit qui lui-même renchérira les taux d’intérêt qui eux-mêmes étrangleront un peu plus les marges de manœuvre budgétaires. Ce cercle vicieux infernal empêche d’apporter de vraies réponses aux demandes des manifestants.

Les jeunes exigent un plan de 10 milliards d’euros ? Le ministre de l’Éducation sait déjà qu’il ne pourra pas en proposer le premier centime. Il ne peut que prendre des engagements pour ses successeurs dans six mois, lesquels auront toujours la dette sur le dos, ou flécher les demandes vers les collectivités locales qui estiment avoir déjà beaucoup donné et savent qu’elles auront les réparations à payer. Édouard Geffray peut tenter de proposer une meilleure organisation dans les lycées à moyens constants (Jean-Paul de Gaudemar a expliqué comment dans nos colonnes) mais cela prendrait du temps et ne calmerait personne dans l’immédiat.

Le budget face aux revendications sociales

Quant à la manière de pallier les ravages de la « vie chère », les propositions sur le pouvoir d’achat ne manquent pas de la part des candidats à la présidentielle, mais aucune n’est applicable dans l’immédiat, faute de majorité. La seule chose sur laquelle les députés s’accordent à l’heure actuelle, c’est de détricoter toutes les mesures d’économies prévues dans la loi de finances. Sans prévoir la moindre contrepartie en coupant ailleurs…

Le gouvernement pourrait baisser les taxes sur le carburant, mais le manque à gagner creuserait là aussi les déficits, aggravant le mal, on en revient toujours là. Cela n’empêche pas les oppositions des deux extrêmes de réclamer sur tous les tons soit le blocage des prix du carburant soit sa détaxation. Une démagogie sans complexe, que l’on retrouve dominant la discussion budgétaire.

Pour le gouvernement, c’est un chemin de croix, qu’il s’agisse de l’hémicycle ou de la rue : quel que soit son interlocuteur, il discute avec les mains liées dans le dos, sous la menace des marchés. Et maintenant sous celle des casseurs. Contre qui il faudrait encore des moyens supplémentaires, en matière de renseignements et de compagnies spécialisées. L’acte 2 des Gilets jaunes de samedi va constituer une épreuve pour des forces de l’ordre à bout.

Macron face à l’épuisement du pouvoir

Quand tout est bloqué, on se tourne généralement vers le chef de l’État pour qu’il trouve une solution. Parfois la seule magie du verbe peut suffire à calmer les esprits. Mais Emmanuel Macron a depuis longtemps perdu ce précieux talisman. Il parle dans le vide. Sans effet d’annonce – et annoncer quoi ? – la parole présidentielle est vaine. Après dix ans de pouvoir, il a épuisé tous les tours dans son sac et vidé les caisses. C’est sans doute pourquoi, en plein drame français, il a préféré trouver au Moyen-Orient des interlocuteurs qui le prennent encore – un peu – au sérieux. Trois jours d’illusion, avant de retrouver, contraint mais pas marri, la « chienlit » dans son pays.

Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse