Qui arrêtera Marine Le Pen ?
Trois candidats sont dans un mouchoir de poche pour affronter Marine Le Pen au second tour de la présidentielle : Jean-Luc Mélenchon (18 %), Édouard Philippe (16 %) et désormais Raphaël Glucksmann (16 %). Qui pour détrôner la candidate du RN qui gagne jusqu’à 4 points avec au moins 56 % des voix au second tour ?
Qui arrêtera Marine Le Pen ? Après plus de trois semaines de manifestations des lycéens, et surtout un week-end d’émeutes dans toute la France, elle caracole plus que jamais tout en haut des intentions de vote. Le niveau de colère des Français atteint son paroxysme : en raison de la casse qui accompagne désormais les manifestations et du manque d’autorité de l’État, débordé par les feux qui épuisent les pompiers et les casseurs et pilleurs qui blessent les policiers. Dans un pays devenu éruptif, les Français réclament de l’ordre et rejettent en bloc l’ensemble de la classe politique. Une seule personnalité échappe à la vindicte publique : Marine Le Pen qui remporte le score inédit de 38 % à son plus haut dans le tout dernier sondage Ifop effectué du 17 au 19 octobre après que les symboles de la République ont été attaqués à Limoges, Lille et Marseille et que 3 000 commerces ont été dévalisés dans toute la France. Même l’éventuelle candidature du très droitier David Lisnard n’entamerait guère son socle qui demeurerait à 36 %.
Marine Le Pen domine les intentions de vote
Ce score, à 20 points devant tous les autres, est une performance inédite depuis François Mitterrand en 1988. Elle donne le sentiment que plus rien ni personne n’entravera l’inexorable ascension de la leader du Rassemblement national qui évoque la solidité de sa position dans les sondages. Et se comporte comme si elle avait déjà accédé à l’Élysée, en diffusant, toute de sombre vêtue, sur les réseaux sociaux une déclaration solennelle pour affirmer que « la République est atteinte » avant de conclure en majesté par un « Vive la République, vive la France » présidentiel.
Mardi 21 octobre, Marine Le Pen n’a donc pas daigné poser une question au gouvernement à l’Assemblée nationale comme l’ont fait les présidents de tous les autres groupes. Présente mais en retrait comme si elle avait déjà pris une certaine hauteur, elle a délégué sa porte-parole Laure Lavalette pour interpeller Laurent Nuñez qui lui a asséné : « Comptez sur notre fermeté. Il est temps qu’une nouvelle présidente remette la France dans l’ordre (…) Et que votre mandat s’écourte… ».
Mélenchon, Philippe et Glucksmann restent proches
Par contraste, Jean-Luc Mélenchon résiste, sans s’envoler ni plier. Il reste stable depuis la fin de l’été, aux alentours de 16 %. La stratégie du gouvernement de désigner La France insoumise comme la principale responsable des émeutes n’a donc pas eu le moindre effet sur l’opinion. Personne ne semble lui en vouloir ni remettre en cause son adhésion. Le leader de LFI maintient son niveau, de trois à quatre points supérieur à celui de la même période l’année dernière.
La nouveauté est qu’ils sont désormais deux à le talonner. Édouard Philippe, on le savait, qui peine depuis des mois à se maintenir dans sa roue. Mais aussi désormais Raphaël Glucksmann qui s’introduit à quasi-égalité dans le peloton.
Dans la configuration peu probable où Édouard Philippe et Gabriel Attal se maintiendraient tous les deux, Raphaël Glucksmann fait même la course en tête (13,5 %) devant Édouard Philippe (12 %), laissant Gabriel Attal loin derrière (5 %). Sans celui-ci, les scores restent très serrés : un point seulement sépare le leader de LFI (16,5 %) de celui d’Horizons (15 %) puis de Place publique (14 %). L’épaisseur du trait à six mois de l’élection présidentielle qui laisse aujourd’hui leurs chances aux trois candidats. Surtout que cette configuration inclut les candidatures de Fabien Roussel (2,5 %) et de Marine Tondelier (3 %) dont rien ne dit qu’elles se maintiendront jusqu’au 18 avril 2027. Si ces deux-là devaient lâcher, Édouard Philippe et Raphaël Glucksmann se retrouveraient à stricte égalité (16 %), deux points derrière Jean-Luc Mélenchon (18 %).
Les scénarios du second tour présidentiel
Tout reste donc possible. Certes, depuis que la France est au bord de la ruine, les électeurs ne redoutent plus de sauter dans l’inconnu. Aussi, Marine Le Pen gagne haut la main l’élection présidentielle dans toutes les hypothèses : elle écrabouille Jean-Luc Mélenchon (68 %) et bat tous ses potentiels concurrents, de François Hollande (59 %) à Édouard Philippe (56 %). Ce qui ne permet à aucun autre candidat de se dire en position de force, surtout pas Jean-Luc Mélenchon, son adversaire favori de premier tour, qui demeure le plus mal placé pour remporter le second.
Derrière elle, le bloc central pâtit du très mauvais bilan d’Emmanuel Macron avec les crises conjuguées de la dette, du budget et des revendications sociales qui empêchent ses deux anciens Premiers ministres, Gabriel Attal et même Édouard Philippe, de décoller. La Macronie tout entière paraît au bord de l’effondrement, alors que ses électeurs de 2017 votent à présent à 18 % d’entre eux pour Marine Le Pen…
À l’inverse, la dynamique de Raphaël Glucksmann depuis la primaire se confirme d’un sondage à l’autre, alors qu’il mord les mollets d’Édouard Philippe. Son pari de voir s’effondrer le bloc central est en train de se vérifier, la gauche serait en situation d’accéder au second tour de la présidentielle. Reste à arracher à Jean-Luc Mélenchon la place enviée d’adversaire de Marine Le Pen.
Certains le trouveront trop petit garçon pour y parvenir. Mais à 47 ans, il est le seul candidat nouveau de cette élection. Sa fraîcheur est un handicap. Mais dans cette époque de dégagisme à tout-va, peut-être se révélera-t-elle un atout ?



