11 Septembre : la victoire posthume de Ben Laden

par Sébastien Lévi |  publié le 10/09/2026

Ben Laden voulait isoler l’Amérique du monde. En vain : le 11 septembre a suscité un immense élan de solidarité autour des États-Unis. Mais 25 ans plus tard, les erreurs américaines puis le repli nationaliste de Trump ont presque réussi là où il avait échoué.

Le One World Trade Center qui a été construit sur le site même du Ground Zero, et à son pied, le Mémorial du 11-Septembre à New York. Le 11 septembre 2026 marque le 25e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001. (Photo prise le 9 septembre 2026 par kena betancur / AFP)

Dans la foulée des attaques terroristes du 11 septembre, Jean-Marie Colombani écrivait dans son éditorial du Monde : « Nous sommes tous américains », exprimant assez bien le sentiment général de l’époque dans le monde, mélange de stupeur et de solidarité. Cette dernière devait s’exprimer sur le plan stratégique avec l’invocation de l’article 5 de l’OTAN qui prévoit une défense collective en cas d’attaque contre l’un de ses membres, et la mise en place d’une coalition contre Al-Qaïda qui allait rassembler bien au-delà des seuls pays de l’Alliance atlantique. Cette solidarité mondiale, qui incluait des pays arabes, devait aussi beaucoup à l’intelligence du président américain George W. Bush, qui sut trouver les mots à l’attention des musulmans pour éviter l’idée d’une guerre de civilisations que voulait précisément installer Ben Laden avec son islamisme radical.

L’hyperpuissance américaine était alors blessée dans sa chair, mais debout et disposée à faire évoluer son leadership. Après une guerre légitime menée contre Al-Qaïda en Afghanistan avec un large soutien international, la guerre en Irak, bâtie sur le mensonge des armes de destruction massive, sans justification ni cadre légal et avec une coalition très réduite, devait changer la donne et détruire le crédit et la sympathie que les États-Unis s’étaient attirés après le 11 septembre. Pis encore, cette guerre sans objet réel allait, avec le démantèlement anarchique de l’Irak, contribuer à l’avènement de Daech et au renforcement de l’Iran. Elle devait s’achever par un retrait piteux, très loin de la déclaration « Mission accomplished » de George W. Bush en mai 2003, écornant fortement la crédibilité américaine. Celle-ci devait subir un nouveau coup avec le retrait désordonné d’Afghanistan en 2021, sous Joe Biden.

De l’hyperpuissance au grand désordre

Alors que la menace terroriste djihadiste perdure encore aujourd’hui et que d’autres dangers sont apparus, la crédibilité des États-Unis et la sympathie dont ils bénéficiaient devaient subir un coup fatal avec les victoires de Trump en 2016 et, plus encore, en 2024. Sa brutalité, son ignorance, sa trahison des alliés historiques de l’Amérique, couplées à sa mansuétude envers les pires autocrates de la planète, ont à bien des égards ruiné le « soft power » américain.

Vingt-cinq ans après le 11 septembre, qui pourrait dire aujourd’hui « nous sommes tous américains » ? La défiance envers les États-Unis atteint un niveau record, même dans des pays dont l’opinion publique était historiquement pro-américaine. Les chiffres attestent cette perte de « soft power », et donc l’affaiblissement de la capacité des États-Unis à assumer un rôle de leader qu’ils semblent désormais prêts à abandonner à d’autres. L’hyperpuissance américaine a laissé place à un grand désordre, avec des puissances autocratiques qui la défient et la moquent ouvertement, tandis que le président américain s’emploie à humilier ses alliés et à construire une salle de bal, tel un autocrate décadent.

Trump, l’Amérique contre elle-même

Alors que les tours s’effondraient, Trump était interrogé en direct à la télévision américaine. Il devait alors déclarer que sa tour du Financial District était désormais la plus haute du sud de Manhattan. Au cœur de la pire tragédie de son histoire, New York passait déjà après son ego.

Il porte aujourd’hui à l’Amérique un coup bien plus terrible que Ben Laden n’aurait jamais rêvé de lui asséner. L’effondrement du leadership américain, vingt-cinq ans après celui du World Trade Center, pourrait même constituer, à cet égard, sa revanche posthume.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis