8 mars : sauvons les femmes de l’extrême-gauche !

par Annette Lévy-Willard |  publié le 06/03/2026

Créée pour défendre les droits des femmes, la journée du 8 mars est devenue dans certains milieux d’extrême-gauche un terrain d’appropriation politique, un instrument militant détourné de sa vocation. Le féminisme y sert de paravent à d’autres combats.

Plus de 600 personnes ont manifesté à Poitiers à l'occasion de la journée internationale de la femme, le 8 mars 2025, pour dénoncer les injustices et discriminations de genres. (Photo Jean-François FORT / Hans Lucas via AFP)

Chaque année revient le 8 mars, avec son intitulé solennel : la Journée internationale de la femme — ou des femmes.

Nous autres féministes des années 1970 trouvions déjà étrange que l’on nous « offre » une journée dans l’année. À ce compte-là, plaisantions-nous, on pourrait aussi instituer une journée internationale du chien ou du cheval.

Depuis sa création, il y a plus d’un siècle, cette journée n’a cessé d’être l’objet de convoitises politiques, confirmant une fois encore que les femmes sont régulièrement instrumentalisées par les partis et les pouvoirs.

À l’origine, en 1909, l’initiative vient des socialistes américains. Il s’agit de soutenir les grèves des femmes et de défendre leur droit de vote. Après la révolution bolchevique, les communistes s’en emparent et en font une manifestation politique et syndicale. Puis la journée tombe progressivement dans l’oubli, jusqu’à ce que les féministes des années 1970 la remettent à l’honneur. Les défilés étaient alors joyeux et inventifs, avec des slogans parfois surréalistes, comme celui-ci : « Une femme sans homme, c’est comme un poisson sans bicyclette. »

En 1977, l’ONU institue officiellement la Journée internationale des femmes. En France, ces manifestations féministes, devenues de plus en plus importantes, sont à leur tour récupérées — les vieux réflexes ont la vie dure — par les syndicats et les partis de gauche. Les revendications portent sur les violences sexuelles ou l’égalité salariale. Mais depuis deux ans, ces marches ont changé de nature, à l’image d’une gauche radicale kidnappée par Jean-Luc Mélenchon.

Une marche parisienne sous tensions

L’atmosphère n’a plus rien de festif. J’étais à la marche parisienne du 8 mars 2024, quelques mois après le pogrom du 7 octobre en Israël et en pleine guerre à Gaza. L’énorme cortège était traversé de drapeaux palestiniens — souvent portés par des hommes — et dominé par une banderole résumant à elle seule la nouvelle orientation du mouvement : « La Palestine est une cause féministe. »

Associer le féminisme au Hamas relève pourtant d’une contradiction flagrante. Dans la foule, quelques Iraniennes et Iraniens tentaient d’être visibles. La mort de la jeune Mahsa Amini, tuée en 2022 par les milices de la République islamique, avait déclenché ce qui fut la première révolution féministe au monde, au cri de « Femme, Vie, Liberté ». Pourtant, je n’ai vu aucune pancarte de soutien aux Afghanes, aujourd’hui enfermées dans un système d’oppression totale sous le régime des talibans.

Le petit groupe « Nous Vivrons », créé après le 7 octobre pour lutter contre l’antisémitisme, avait voulu rejoindre la marche avec une banderole dénonçant les viols d’Israéliennes commis par le Hamas. Ses militantes pensaient naïvement que la Journée internationale des femmes devait être une journée contre le viol — contre tous les viols.

Il n’en fut rien. Pour certaines organisations féministes officielles, les viols d’Israéliennes seraient à « remettre dans leur contexte ». Le fameux « oui, mais… » devenu une formule familière dans le débat politique français.

Les femmes de « Nous Vivrons » furent alors prises à partie par des hommes de gauche qui encadraient la manifestation. Le groupe dut être protégé puis exfiltré par la police.

Le 8 mars au cœur d’un affrontement politique

En 2025, la Journée internationale reste sous la surveillance de l’extrême gauche, malgré les chansons féministes et les drapeaux violets. « Nous Vivrons » en est toujours tenu à l’écart.

À la veille du 8 mars 2026, la situation ne s’est pas améliorée. Entretemps, ce petit groupe de femmes juives est devenu la cible privilégiée de Jean-Luc Mélenchon pour avoir osé manifester contre l’antisémitisme aux abords des meetings d’Aymeric Caron, de Rima Hassan et d’autres responsables insoumis.

Après la mort de Quentin Deranque à Lyon, tabassé par des militants de la Jeune Garde proches de LFI, Mélenchon répète désormais dans ses discours qu’il faut lutter contre l’extrême-droite et contre les « fascistes », parmi lesquels il classe « Nous Vivrons ».

Ce petit mouvement hétéroclite de femmes juives dénonçant l’antisémitisme — qu’il vienne de la droite ou de la gauche — serait donc « fasciste ».

Dans la rhétorique de l’extrême gauche, le mot « sioniste » remplace désormais celui de « juif ». Dès lors, la violence peut être justifiée au nom de la lutte antifasciste, nouveau mot d’ordre de cette gauche radicale. Mais que signifie aujourd’hui « fasciste » ou « antifasciste » ? Dans cette logique binaire, le camp mélenchoniste serait celui du Bien et tous les autres appartiendraient au camp du Mal.

Cette dérive dite antifasciste, indifférente au sort des femmes, s’affiche ouvertement sur un tract appelant à la mobilisation du 8 mars sur le Vieux-Port de Marseille. Il est signé « Antifa Social Club ». Le titre, en grandes lettres rouges, accompagné de drapeaux palestiniens, annonce : « 8 mars : Bloquons, nous Vivrons ! Pas de 8 mars pour les sionistes, les racistes. »

Le lien avec les femmes opprimées apparaît en bas du tract, en petites lettres blanches : « Féministes, luttons pour l’autodétermination des corps et des peuples. »

Autrefois, on parlait de Mouvement de libération des femmes. Aujourd’hui, l’extrême gauche invoque « l’autodétermination ». Faudra-t-il organiser un référendum pour savoir si nous voulons être indépendantes ? L’« autodétermination des corps et des peuples » à la fois relève surtout d’une confusion sémantique.

Les militantes de « Nous Vivrons » posent désormais une question simple : dimanche prochain, les femmes juives et non juives engagées contre l’antisémitisme pourront-elles marcher librement avec le reste du cortège ? Pour ma part, je m’interroge surtout sur un autre point : les femmes, les féministes, ont-elles encore envie de participer à ce triste défilé du 8 mars désormais placé sous contrôle politique ?

Annette Lévy-Willard