À la Maison-Blanche, médias non grata

par Sébastien Lévi |  publié le 25/09/2026

Donald Trump n’a jamais caché son hostilité envers la presse. Désormais, il lui ferme les portes de la Maison-Blanche. L’exclusion de trois médias le prouve : quand les faits contrarient le récit présidentiel, ce sont ceux qui les rapportent qu’il faut faire taire.

Julia Benbrook, correspondante de CNN, à l'extérieur de l'enceinte de la Maison Blanche, le 19 septembre 2026, après s'être vu refuser l'accès. Des journalistes de MS NOW, de CNN et de Politico ont été empêchés d'entrer à la Maison Blanche, au lendemain de l'annonce par le président Trump. (Photo Andrew Thomas / NurPhoto via AFP)

Trump a fait de la presse son ennemi principal dès son entrée en politique, plus encore que les démocrates, les immigrés, les démocraties libérales de la planète ou la vérité scientifique, autant de cibles récurrentes de son discours. Trump assimile volontiers la presse aux « fake news », expression qui a depuis fait florès partout dans le monde, et la qualifie d’« ennemi du peuple », formule autrefois employée par Staline. Quand il évoque le « peuple », Trump parle d’abord de lui-même et de son pouvoir. L’ennemi du peuple devient ainsi celui de son pouvoir, qu’il convient de discréditer.

Discréditer pour mieux régner

En s’attaquant à la presse dès 2016, Trump avait pris les devants face aux critiques, afin de les rendre inaudibles et peu crédibles auprès de sa base. L’interdiction faite à CNN, MS NOW et Politico d’accéder à la Maison-Blanche est la suite logique de cette démarche. Un juge fédéral vient d’ordonner le rétablissement de leur accès, mais la mesure aura malgré tout atteint son but : faire de la presse un antagoniste politique plutôt qu’un contre-pouvoir. Cette mise en scène permet à Trump de présenter toute critique comme l’offensive d’un adversaire politique, et non comme l’exercice normal d’un contre-pouvoir. Il applique cette même logique à tous les contre-pouvoirs, comme la justice, le Congrès, voire l’armée.

Les chaînes américaines ont promptement réagi en annonçant la suspension de leur participation au pool télévisé chargé de couvrir les activités du président, y compris Fox News. La chaîne conservatrice a bien compris le danger que constituerait un tel précédent pour elle-même en cas de retour au pouvoir d’un président démocrate, au-delà même de la solidarité confraternelle. Les républicains ont en revanche défendu la mesure, affirmant que la « vraie » presse était la bienvenue, mais pas celle qui critiquait « injustement » le président, défendant ainsi une conception de la presse dans laquelle le pouvoir décide lui-même quels médias sont légitimes.

La vérité selon Trump

Pour contrer cette suspension de la couverture de son actualité par les médias audiovisuels, Trump a ordonné la création d’une « chaîne » consacrée à l’actualité du président. Cette chaîne donne à voir le pouvoir tel que le rêve Trump : populiste, vertical, affranchi de la contradiction des journalistes et de la vérification des faits. « Trump TV » retransmet ainsi ses prises de parole et ses apparitions, et rediffuse des émissions ou interventions entièrement favorables au président.

Même Barack Obama est sorti de sa réserve habituelle pour alerter sur la gravité de la situation, pointant les cris d’orfraie que les conservateurs, aujourd’hui silencieux voire approbateurs, auraient poussés s’il avait osé faire la même chose avec Fox News au cours de sa présidence. Cette offensive contre la presse est d’autant plus préoccupante que la prise de contrôle de CNN par la famille Ellison, proche de Trump et qui a déjà pris le contrôle de CBS, dont elle a profondément modifié la ligne éditoriale, est sur le point de se concrétiser.

Le premier des contre-pouvoirs

Thomas Jefferson, troisième président des États-Unis, écrivait en 1787 que, s’il devait choisir entre un gouvernement sans journaux et des journaux sans gouvernement, il préférerait la seconde option. Il avait compris que, sans une presse libre de critiquer, de commenter et de relever les mensonges des gouvernants, aucune société démocratique ne pouvait véritablement exister. Il est d’ailleurs révélateur que le premier amendement de la Constitution américaine protège la liberté d’expression et celle de la presse.

Si la presse est, selon Trump, l’ennemie du peuple, celui-ci se comporte chaque jour un peu plus en ennemi de la Constitution et de la démocratie américaine.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis