À l’ONU, Macron redore le blason européen
À la tribune de l’ONU, Emmanuel Macron parlait au nom de la France. Mais à l’heure où l’Europe peine à s’exprimer d’une même voix, son discours a pris une dimension plus large. De l’Ukraine à Gaza, c’est aussi le rang de l’UE qu’il est venu défendre.
Paradoxe peu évoqué en marge des travaux de l’Assemblée générale des Nations unies : l’Europe n’y dispose que d’un statut de seconde zone. Celui d’un « observateur renforcé », ce qui signifie que l’Union peut y prendre la parole, mais sans droit de vote.
On conviendra que, pour la jeune Europe, cette situation est particulièrement frustrante. Mais pas seulement : elle prive aussi l’instance censée rassembler la communauté internationale de l’un de ses principaux acteurs économiques, diplomatiques et militaires.
À vingt-sept et, à plus forte raison, à trente ou trente-cinq, même si tous parlaient dans le même sens, le propos n’aurait guère de chances de passer la rampe et d’être entendu. Reste le Conseil de sécurité, où Paris comme Londres disposent d’un siège de membre permanent, dissuasion nucléaire oblige. Sauf qu’il y eut le Brexit, privant formellement l’Union de la moitié de ses porte-parole. Il est donc nécessaire de remettre sur le tapis la question de la juste représentation, de plein droit, de quelque 450 millions d’Européens, voire bien davantage demain. C’est à ce titre que le discours prononcé par le président français, celui-ci comme les précédents, engage un peu plus que Paris.
Nous sommes « face à la barbarie », a dit le président français.Le mot est fort, claquant comme une évocation des raisons qui ont vu naître « le machin », selon le qualificatif méprisant de Charles de Gaulle, porté notamment par des Européens de conviction afin de prévenir la répétition de l’une des pages les plus sombres du XXe siècle et de l’histoire humaine.
Les crimes de guerre perpétrés dans le monde ont entraîné, ces dernières années, un lourd bilan humain, tandis que la situation n’a cessé de se dégrader. La guerre se poursuit depuis plus de quatre ans et demi au nord de l’Europe, où Poutine tente de terroriser la population ukrainienne et de réduire l’indéfectible soutien des Européens par une guerre hybride, au risque d’un élargissement des hostilités.
Au Proche et au Moyen-Orient, la guerre sévit par intermittence, avec un lourd bilan humain, et fragilise comme jamais l’économie et le commerce mondiaux. Il fallait le rappeler au monde parce que c’est l’argument le plus fort en faveur du multilatéralisme, de la diplomatie et du droit international. Des valeurs universelles nées en Europe et aujourd’hui bafouées aussi bien à Moscou, Téhéran, Pékin ou Pyongyang qu’à Washington, fût-ce dans une moindre mesure, Trump étant encore contraint par la résilience de la démocratie américaine. Macron l’a fait.
« Gaza nous fait honte à tous ».Autres mots forts pour évoquer, cette fois, la situation au Proche-Orient. La honte, en effet, celle qui naît de l’impuissance et que tous, y compris les citoyens israéliens opposés au gouvernement Netanyahu et à son aile marchante d’extrémistes racistes, peuvent éprouver.
Le pogrom du 7 octobre, commis par une organisation terroriste soutenue, financée et armée par les mollahs iraniens, avec d’évidentes intentions génocidaires, ne saurait justifier une politique de crimes de guerre et de colonisation à Gaza et en Cisjordanie.
L’angle d’approche est le bon pour qu’un espoir de solutions – désormais au pluriel – puisse se frayer un chemin étroit à l’occasion des élections générales en Israël et des pourparlers entre Téhéran et Washington, au moment où la stabilité de toute la région est menacée, du Yémen à l’Arabie saoudite en particulier.
Le chef insoumis et sa camarilla peuvent hurler à « l’hypocrisie », au « cynisme », à « une chose et son contraire » : il n’y a pas d’alternative à un discours de responsabilité qui honore la diplomatie européenne, fût-il porté par Emmanuel Macron et non par Kaja Kallas, António Costa ou Ursula von der Leyen.
Que faire au-delà du « cri » d’alerte ?
On l’aura compris, de ce côté-là, rien ou presque n’est évident, si ce n’est de « renoncer à l’esprit de défaite » par principe. Autrement dit, encore des mots porteurs d’histoire et d’avenir. Impératif moral autant que politique.
L’Assemblée générale des Nations unies ne se prête pas à la présentation de plans détaillés de sortie de conflit, à défaut de plans de paix, mais la parole est tout sauf inutile parce qu’elle peut faire bouger les lignes. C’est cette nécessité qui a guidé Macron, comme elle aurait guidé Hollande, Glucksmann ou Attal.
Voilà toute la différence avec les agents provocateurs et irresponsables de Moscou qui aspirent, sur les rives d’un populisme souverainiste rance, à jouer les premiers rôles si les électeurs devaient leur en donner l’occasion. L’avenir du monde et de notre Europe n’est pas un jeu à somme nulle. Il ne s’accommode pas davantage des polémiques de caniveau en marge d’une élection présidentielle française dont les enjeux s’inscrivent désormais dans un cadre européen bien plus large.
Macron a parlé juste et fort. Il le fallait.



