À qui profite l’émeute…
Les violences inouïes qui ont assombri la journée de protestation d’hier, attisées par les atermoiements du gouvernement et le discours irresponsable de la France insoumise, n’ont qu’un seul bénéficiaire : l’extrême droite en pleine progression.
Marine Le Pen pouvait-elle espérer de meilleurs agents électoraux ? Toute la journée d’hier, partout en France, une troupe d’émeutiers imbéciles, mélange de délinquants avérés et d’activistes radicaux, clairement distincts des manifestants lycéens ou Gilets jeunes, a attaqué les policiers, brisé les vitrines, saccagé le mobilier urbain, pillé les magasins, profané les bâtiments publics, brûlé des mairies et des commissariats, défié la République et défiguré le buste de Marianne.
Des revendications éclipsées par les violences
Les manifestations – nombreuses – devaient montrer l’intensité de la protestation et faire valoir de justes revendications. Elles ont été totalement éclipsées par une violence inédite, préparée, organisée, perpétrée à dessein par une troupe aguerrie de crétins habillés de noir, qui croient faire la révolution et ne font qu’attiser la réaction.
Que croient-ils qu’il puisse se passer ? Un recul du gouvernement ? Un progrès dans les revendications ? Des concessions en faveur des lycéens ou des classes populaires ? Bien sûr que non ! L’étendue des pillages, le nombre des blessés, l’étendue des dégâts, la violence des attaques, le scandale des atteintes aux symboles de la République sont tels que l’opinion en sort sonnée et indignée. Et c’est bien évidemment le parti de l’ordre, et non celui du mouvement, qui sortira renforcé de l’épreuve, les Le Pen, les Zemmour, les Bardella et les Ciotti, qui trouveront là un aliment de choix pour leur propagande répressive. Difficile de trouver tactique plus idiote et plus dangereuse…
Le gouvernement et LFI mis en cause
Le gouvernement s’érige en seul gardien de la paix publique alors qu’il a fait délibérément traîner les discussions, tardé à recevoir les délégations, opposé au mouvement des réponses dilatoires en s’appuyant sur une tactique du maintien de l’ordre pour le moins contestable, émaillée de maladresses répétées venant du ministre de l’Intérieur. Mais les errements du pouvoir ne sauraient masquer la responsabilité écrasante de la France insoumise, qui a commencé par juger la violence légitime, pour ensuite la condamner du bout des lèvres et rejeter toute la faute sur la police, alors même que la violence inhabituelle des manifestants sautait aux yeux de tous les observateurs. Soucieux de solidifier son socle de soutien dans une partie de la jeunesse, Jean-Luc Mélenchon a joué avec le feu de l’illégalité et se retrouve maintenant, une fois l’incendie propagé, à juste titre mis en cause dans la dégénérescence du mouvement.
Le risque d’une crise de régime
Au fond, ce théâtre atterrant traduit bien le désastreux jeu de rôles qui se joue dans cette élection présidentielle. Le macronisme impuissant est incapable de répondre aux angoisses et aux demandes populaires ; la France insoumise prospère sur la démagogie et veut déclencher une épreuve de force dont elle pense sortir gagnante ; l’extrême droite en profite pour se poser en garante de l’ordre et de la paix civile, accumulant sans rien faire les gains électoraux. Et maintenant le désordre dépasse les acteurs, qui ne savent plus comment arrêter cette folle machine, faisant surgir le spectre d’une crise de régime qui débouchera sur l’inconnu financier, social et politique.



