À Washington, le passe-droit avant l’État de droit
L’intervention de Donald Trump auprès du président de la FIFA pour faire retirer le carton rouge d’un joueur américain dépasse la polémique sportive. Elle s’inscrit dans une succession de décisions qui éclairent son rapport aux règles et aux conflits d’intérêts.
L’organisation de la Coupe du monde aux États-Unis sous la présidence de Donald Trump avait déjà suscité son lot de controverses, entre les menaces de faire intervenir l’ICE près des stades ou les restrictions à l’entrée des supporters ou des arbitres de certains pays aux États-Unis, sans même parler du prix des billets et de l’inflation mercantile hors de tout contrôle. La FIFA avait, par ailleurs, déjà montré sa soumission à Trump en lui remettant un « prix de la paix » crée de toutes pièces lors du tirage au sort de la compétition. Le dernier scandale en date, ce carton rouge infligé au joueur américain Folarin Balogun lors du match États-Unis-Bosnie, qui aurait dû lui valoir une suspension lors du match contre la Belgique, avant d’être retiré sans aucune justification, marque une nouvelle étape. Il laisse entrevoir une véritable entente ou un pacte de corruption entre la FIFA et Trump, deux entités au rapport élastique avec les règles de transparence et de bonne gouvernance…
Quand Trump fait face à un problème, il entend le résoudre sans s’encombrer des règles. Battu de 11 779 voix en Géorgie en 2020, il appelle le secrétaire d’État de cet État pour lui demander de « trouver 11 780 voix » en sa faveur. Confronté à un rival dangereux, Joe Biden, pour sa réélection en 2020, il appelle le président ukrainien en 2019 pour lui dire qu’un coup de main afin d’incriminer Biden pourrait le conduire à plus de volontarisme dans l’envoi d’armes à un pays déjà menacé par son voisin russe. Si un carton rouge empêche un joueur phare de la sélection américaine de jouer le match, quoi de plus logique, à ses yeux, que d’appeler le président de la FIFA pour faire retirer cette sanction et permettre à ce joueur de disputer la rencontre, comme il l’a lui-même reconnu ?
Une accumulation de conflits d’intérêts
Cette affaire risque de porter à la FIFA, déjà accusée de corruption endémique, un coup fatal à sa crédibilité, tout comme celle des États-Unis comme grande démocratie est aujourd’hui en chute libre à cause de Trump. Pour ce dernier, il est aussi banal d’appeler Gianni Infantino que de légaliser la vente d’armes par correspondance alors même que son fils aîné est investisseur dans ce type d’affaire, ou d’autoriser un accord avec le Kazakhstan alors que ses deux fils viennent d’y investir pour l’exploitation d’une mine de tungstène, deux épisodes révélés dans les derniers jours de la dérive affairiste et corrompue du régime trumpien. Dans un aveu aussi candide que scandaleux, Trump vient d’ailleurs de reconnaître que, par essence, ses enfants bénéficiaient quasi quotidiennement de délits d’initiés, insinuant qu’il n’y avait aucun scandale là-dedans et contribuant ainsi à banaliser encore l’idée même de corruption sous Trump.
Les règles n’existent pas pour Trump : ni la séparation des pouvoirs sur le plan intérieur, ni le droit international, ni même les règles du football. Il a trouvé dans la FIFA et son président, Gianni Infantino, un alter ego et un partenaire particulièrement docile.
Faute d’avoir reçu un carton rouge dans sa carrière par des arbitres impuissants ou non désireux de lui faire respecter les règles du jeu, il se croit tout permis et ne voit donc aucune raison de s’arrêter en si mauvais chemin.



