Afrique : l’onde de choc iranienne

par Jean-Paul de Gaudemar |  publié le 06/03/2026

La guerre des États-Unis et d’Israël en Iran pourrait avoir de lourdes conséquences sur l’Afrique. Hausse des hydrocarbures, sécurité des routes maritimes et influence iranienne sur la géopolitique du continent nourrissent déjà de vives inquiétudes.

Un manifestant brandit un portrait du défunt guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, lors d'un rassemblement de solidarité avec l’Iran des Mollahs, devant le consulat américain à Durban, le 3 mars 2026, après l'élimination d'Ali Khamenei lors des frappes américaines et israéliennes sur Téhéran. (Photo Rajesh JANTILAL / AFP)

L’Iran est très présent en Afrique. D’abord, il y vend des armes, notamment des drones dont le fameux Shahed, dit le « drone des pauvres » en raison de son faible coût. Les protagonistes de chaque camp des principaux conflits en Afrique l’utilisent, au Sahel, au Soudan, ou en RDC. De nombreuses sociétés-écrans assurent ces livraisons. Il en va de même du pétrole iranien, fourni par le biais de flottes « fantômes » affrétées par certains pays africains coutumiers du fait.

Par ailleurs, l’influence du chiisme iranien est déjà forte dans plusieurs pays musulmans. Comme au Nigéria, probable épicentre de cette influence autour du sulfureux religieux Zakhzady et de ses très nombreux fidèles. Au Maghreb, les liens du Polisario avec l’Iran sont également anciens ; une raison supplémentaire pour le Maroc de se ranger du côté occidental et de signer avec Israël les accords d’Abraham.

L’Université Al Mustafa de Qom en Iran semble jouer un grand rôle dans cette lutte d’influence. Elle a en effet ouvert de nombreuses antennes non seulement au Nigéria mais aussi en Afrique de l’Ouest ou en RDC, offrant à de nombreux étudiants des enseignements sans frais d’inscription. Plusieurs médias la comparent ainsi à ce que fut l’Université Patrice Lumumba à Moscou pour l’influence russe en Afrique.

Risque de choc énergétique pour les économies africaines

Si le conflit dure, et si l’Iran est en mesure de bloquer durablement le détroit d’Ormuz et ses alliés de perturber l’entrée dans la mer Rouge, le premier impact économique sur le continent sera donc la hausse du prix des hydrocarbures dans le monde. Même si les pays de l’OPEP+ viennent de décider de hausser leur production, il est peu probable que cela suffise à enrayer la hausse des prix à terme.

Dans la situation financière de l’Afrique, cet effet peut être redoutable tant sa dépendance est encore grande aux importations. Les quelque 22 pays africains que la Banque mondiale estime être en situation de surendettement ou en risque imminent de l’être pourraient voir leur situation rapidement aggravée, sans solution interne au continent, ni solution externe dans la situation actuelle de tensions internationales.

Même si du pétrole et du gaz iraniens continuent d’arriver en Afrique malgré les sanctions internationales, il est improbable que cela suffise à compenser l’accroissement du prix « normal » et des charges correspondantes. Un nouvel appauvrissement de certains pays du continent, les plus dépendants, est donc à prévoir.

Routes maritimes et rôle flou des puissances

Le deuxième impact économique possible pourrait être, le cas échéant, le détournement des navires ne pouvant plus emprunter la mer Rouge, si les pays situés à son bord deviennent partie prenante du conflit. On a évoqué les Houthis au Yémen mais sur l’autre rive, en Somalie ou au Soudan, d’autres éléments pourraient s’en mêler par solidarité avec l’Iran.

Par certains côtés, ce contournement possible de l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance pourrait apparaître favorable aux ports africains qui seraient ainsi poussés à se moderniser plus rapidement. Mais ces ports, même le plus important, celui de Durban en Afrique du Sud, ne sont toujours pas en mesure de faire face efficacement à l’encombrement portuaire qui en résulterait, ni à la demande supplémentaire de carburant, encore moins à un traitement rapide des conteneurs de marchandises.

Ce double allongement des trajets — temps de transport et temps de traitement dans les ports — entraînerait en Afrique comme ailleurs une inflation généralisée des prix de tous les produits venant d’Asie et transitant par l’Afrique.

Mais la grande inconnue reste la façon dont les grandes puissances tutélaires de l’Afrique, Chine et Russie, vont manifester leur soutien à l’Iran. Il en est de même des autres composantes des BRICS : Brésil, Inde et, en Afrique, l’Afrique du Sud, l’Égypte ou l’Éthiopie. Pour l’instant, les réactions y paraissent suffisamment modérées pour ne pas aggraver davantage le chaos actuel. Mais tout peut évoluer très vite, ne serait-ce que dans la possibilité pour ces pays d’offrir à l’Iran l’armement dont il a besoin pour poursuivre la guerre.

Jean-Paul de Gaudemar

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