Mojtaba Khamenei : itinéraire d’un enfant d’acier

par Pierre Benoit |  publié le 10/03/2026

Proche des Gardiens de la révolution, le successeur du guide suprême est aussi fanatique que son père. Son parcours augure mal de la fin de la guerre.

Mojtaba Khamenei (à gauche), diffusée par le bureau du Guide suprême iranien et prise à Téhéran le 3 octobre 2024, et l'ayatollah Ali Khamenei, également diffusée par le bureau du Guide suprême, le 19 février 2026. (Photo Handout / KHAMENEI.IR / AFP)

La barbe poivre et sel, le turban noir, les lunettes : l’exacte image de son père. Avec trente ans d’écart, Mojtaba Khamenei est bien le fils et le sosie du guide suprême qui a dominé l’Iran pendant 37 ans avant de trouver la mort le 28 février 2026 à la première heure de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran.

Mojtaba Khamenei, héritier du régime iranien

Le cadet d’Ali Khamenei est né dix ans avant la révolution islamique de 1979 : il est un enfant modèle du régime théocratique qui domine l’Iran sans partage. Étudiant en théologie à l’université de Qom, berceau de l’orthodoxie chiite, il a suivi l’enseignement du clergé conservateur. Il n’est pas sorti de son cycle d’étude avec le rang d’ayatollah mais celui, inférieur, d’hodjatoleslam.

Longtemps, il a travaillé dans l’ombre de son père. Son bureau n’était pas loin de ceux du Guide suprême : c’est là qu’il centralisait les informations des services de sécurité et les opérations clandestines du régime contre ses ennemis. Aussi il n’est pas étonnant qu’on le dise proche des Gardiens de la révolution qui n’ont cessé de prendre de l’importance sous le règne de son père pour devenir la colonne vertébrale du régime. On se souvient de leur intervention meurtrière dans la répression des manifestations de 2022 à la suite de la mort de Mahsa Amini, la jeune fille tuée pour avoir mal mis son voile.

Les Gardiens de la révolution, pilier du pouvoir

Fort de quelque 150 000 hommes, le corps des Gardiens de la révolution est le bras armé du régime comme on l’a encore vu au cours du bain de sang de janvier dernier. Au début de l’année, une enquête de l’agence Bloomberg révélait que Mojtaba Khamenei était à la tête d’une fortune immobilière estimée à quelque 115 millions d’euros. On sait par ailleurs que le nouveau « guide suprême » a contribué à l’enrichissement des Gardiens de la révolution.

C’est donc lui que 88 membres de « l’Assemblée des experts » ont choisi pour prendre le relais de Khamenei. Cette succession dynastique est en soi étonnante si l’on rappelle que la République islamiste avait balayé la monarchie.

La nomination du fils Khamenei envoie un signal clair sur le durcissement du régime. Ces derniers jours, en effet, on citait davantage le nom d’Ali Larijani, le patron du Conseil suprême de sécurité du régime, un homme du sérail lui aussi mais un habile diplomate, susceptible de faire des concessions sur le nucléaire ou les missiles pour sauver le régime.

Le choix qui vient d’être arrêté confirme qu’il n’y aura pas d’inflexion de la part de l’équipe au pouvoir à Téhéran. Ce qui fait dire au grand quotidien libanais L’Orient-Le Jour que « le courant le plus dur au sein de l’institution la plus puissante du pays impose sa ligne ». Dès l’annonce de la nouvelle dimanche soir, la télévision officielle a montré des images où l’on voit des Iraniens laissant éclater leur joie dans quelques villes du pays. Dans la foulée, les Gardiens de la révolution, l’armée et la police faisaient allégeance au nouveau Guide.

Une succession qui annonce un durcissement du régime

Ce durcissement doit aussi être interprété comme un signal de résistance à l’offensive israélo-américaine et donc comme une fuite en avant. D’ailleurs Trump lui-même avait tendu la perche à Téhéran en faisant savoir qu’il n’accepterait pas que le fils d’Ali Khamenei prenne la succession : « s’il n’obtient pas notre aval, il ne tiendra pas longtemps ».

Deux chronomètres tournent désormais dans le ciel de l’Iran. Le premier est suspendu au-dessus de Mojtaba Khamenei, dont la tête a été mise à prix par les services américains et israéliens qui vont le traquer sans désemparer. Et celui de la guerre américano-israélienne avec sa dynamique propre, destinée à affaiblir l’appareil sécuritaire et militaire du régime des mollahs. Dans cette seconde temporalité, il faut bien sûr mettre en facteur les cours du prix du pétrole, la mauvaise humeur des militants Maga…

Lundi soir, dans sa première conférence de presse depuis le début des combats, Trump a voulu répondre à l’agitation des marchés. Il prédit déjà la fin de l’offensive – « une petite excursion » – alors que le Pentagone évoquait le matin même un début prometteur.

Pierre Benoit