Alloncle, le Benito de l’audiovisuel
Fidèle à la ligne de son mouvement d’extrême droite, le rapporteur Charles-Henri Alloncle a mené de bout en bout une opération de destruction du service public de l’audiovisuel. Tel est le véritable sens de la publication de son rapport.
L’adoption, par douze voix contre dix et huit abstentions, du rapport de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public continue de poser problème. Les propos les plus surprenants sont ceux du président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons). Après s’être opposé pendant six mois à son rapporteur et entendu 238 personnalités dans un climat trop tendu, il a voté pour l’adoption et la publication du rapport, pour « que les Français puissent juger des méthodes de l’extrême droite et de la manière dont Charles Alloncle, dans un rapport parlementaire, porte des accusations graves » ! Comprenne qui pourra.
Un rapport adopté dans la controverse
Son vote, celui des Républicains alliés au RN et l’abstention des macronistes ont donc permis d’officialiser un rapport qui propose la disparition d’une partie de l’audiovisuel public et d’un quart de son budget, tout en divulguant des propos diffamatoires et mensongers sur les personnes interrogées et sur la situation réelle de ces entreprises concernées. L’enjeu ? La privatisation du secteur public ou, au minimum, sa disqualification et son affaiblissement, destinés à le rendre inaudible.
Tout cela traduit de manière affligeante la dégradation du travail parlementaire, mais braque aussi l’attention sur les méthodes de l’extrême droite, la faiblesse du centre et la complicité de la droite. Insulter et diffamer, mentir et salir : voilà ce que nous verrons si, par malheur, ces personnes soutenues par Bolloré parvenaient au pouvoir l’an prochain.
Certes, on peut comprendre que l’adoption du rapport évite de faire une victime de ce sinistre Alloncle. Mais on frémit à l’idée qu’il puisse devenir ministre de la Culture sous une présidence Bardella. On croyait avoir touché le fond avec Rachida Dati. Eh bien non !
Service public, cible politique
France Inter est toujours la radio la plus écoutée des Français, France Culture progresse à chaque nouveau sondage, les chaînes de France Télévisions détiennent une part de marché d’environ 30 %, ce qui prouve l’attachement des auditeurs et téléspectateurs aux médias publics. L’offensive lancée par l’extrême droite est la même partout en Europe : détruire des outils d’information et de débats, indépendants et critiques du pouvoir en place. Que ce soit Grasset ou France TV, la violence est la même. Soupçonné d’être favorable à la gauche, le service public a toujours été la première cible des gouvernements d’extrême droite, dans la Hongrie d’Orban, l’Italie de Meloni et dans bien d’autres pays qui flirtent avec ces mouvements. Bientôt la France ?
Rappelons, une nouvelle fois, que le service public est indispensable à la vie démocratique d’un pays. Il est le garant du respect de la parole de chacun, de l’indépendance des rédactions et des productions, de l’équilibre entre les partis, en particulier pendant les campagnes électorales. Il est contrôlé par l’Arcom, organisme chargé de veiller au respect scrupuleux des temps de parole, de sanctionner les dérapages verbaux et d’assurer la sérénité des débats.
Certes, il n’y a pas de perfection dans ce domaine et les contrôles parlementaires sont légitimes, comme ceux de la Cour des comptes. Mais ce qui s’est passé au Parlement, tout comme le comportement scandaleux du rapporteur et la faiblesse du président, n’est pas à la hauteur des enjeux de la période, des inquiétudes des citoyens, de la crainte de la violence politique. L’opération laisse la part belle à ces apprentis sorciers qui ne songent qu’à leur intérêt personnel et à la destruction de la démocratie.
Un enjeu constitutionnel
Autrefois, il avait été proposé d’inscrire le service public dans le préambule de la Constitution. Sage initiative non suivie d’effet. Il est grand temps de se mobiliser pour prévenir les incidents de cette nature, avant que la campagne électorale ne commence. C’est une exigence républicaine.



