Ambiance fin de règne pour Meloni
Fragilisée sur tous les fronts, Giorgia Meloni voit s’accumuler les signaux d’alerte, en Italie comme à l’international. Alliances mouvantes, économie sous tension, revers politiques … une séquence où chaque décision pourrait s’avérer déterminante.
Mal coiffée, mal maquillée, le teint blafard et le regard fixe : en somme, elle est « à bout de souffle ». À 49 ans, la flamboyante patronne de l’exécutif italien, championne des gouvernements durables, semble vaciller. Après plus de trois ans passés au Palazzo Chigi, et un mois après son échec au référendum sur la justice, lorsque 15 millions d’Italiens lui ont opposé un « non » sans appel, les séquences épineuses se sont accumulées pour Giorgia Meloni. Mais sa course d’obstacles ne fait que commencer.
Scandales et économie sous tension
Il y a d’abord eu le scandale des ministres et collaborateurs politiques accusés de favoritisme administratif, voire de complicités mafieuses. Puis les prévisions du FMI, annonçant pour l’Italie 0,5 % de croissance et une inflation à 4 %, tout en rappelant que la dette italienne est la plus élevée au monde après celles des États-Unis et du Japon. Puis encore l’envolée du prix de l’essence. Enfin, impossible de ne pas évoquer la dégringolade de son complice hongrois Viktor Orbán, cet illustre nationaliste anti-européen qu’elle appréciait tant, ainsi que les insultes trumpiennes visant le pape Léon XIV et l’ensemble de la chrétienté, que Giorgia Meloni a vécues comme un outrage personnel. Résultat : d’un côté, elle a cessé d’être le prétendu point de jonction entre les États-Unis et l’Union européenne ; de l’autre, elle se retrouve sans véritable alter ego à l’est du continent. Dans ces conditions, sa capacité à tirer son épingle du jeu apparaît fortement compromise.
Repositionnement européen et impasse politique
Selon ses proches, Giorgia Meloni n’aurait guère vu qu’une seule issue : se rapprocher du trio Merz-Starmer-Macron et s’inscrire dans un européisme plus tempéré, mais rassurant. Jusqu’à accepter l’envoi de navires dragueurs de mines dans le détroit d’Ormuz. Ce repositionnement s’est matérialisé lors de la rencontre de Paris où, vêtue d’un ensemble rouge au style populaire, elle a accepté les significatives bises macroniennes. Reste à savoir si ce rapprochement suffira à lui rendre une crédibilité politique. Le très sévère Matteo Renzi, ancien Premier ministre de centre gauche, après l’avoir qualifiée de « girouette », estime qu’elle « n’a réussi qu’à s’enfermer au Palazzo Chigi, en se contentant de survivre ». Plus question pour elle de provoquer des législatives anticipées, qui pourraient lui coûter cher électoralement (dans le meilleur des cas, les sondages lui promettent un résultat équivalent à celui du centre gauche), ni de remettre à l’agenda une réforme constitutionnelle à laquelle elle tenait, le « premierato », c’est-à-dire l’élection directe au suffrage universel des futurs Premiers ministres italiens. Voilà Meloni coincée.
Deux scénarios pour l’après
Certains analystes entrevoient pour elle deux portes de sortie : devenir la version ouest-européenne du hongrois Orban (mais la voie s’annonce escarpée), ou bien recentrer son action sur la lutte contre l’immigration, avec toutes les déclinaisons possibles du tristement célèbre thème : « ils alimentent la criminalité là où ils arrivent » et « ils nous coûtent cher ». En somme, miser non plus sur un héritage politique structuré, mais sur le dernier levier brûlant aux mains des souverainistes. Et il y a fort à parier qu’elle ne s’en privera pas.



