Amélie Nothomb : une plume un peu lourde
Amélie Nothomb fait entrer un perroquet dans son étrange bestiaire littéraire. À mesure que l’oiseau apprend à parler, quelques confidences de la romancière se font entendre derrière la voix de son narrateur. La fantaisie est là, l’étincelle beaucoup moins.
Pour son trente-cinquième opus, la dame en noir aux lèvres peintes en rouge sang a choisi une intrigue animalière. Le héros, quadragénaire, célibataire et chroniqueur radio, décide d’adopter un bébé perroquet baptisé Jo. Le volatile s’avère ébouriffant. Précoce, il imite très vite le bruit de la chasse d’eau, celui du coupe-ongles et enrichit son lexique jour après jour : « Bisous », « Arrête », « Bon appétit », « Merci ». Son maître s’attendrit devant chacun de ses exploits. Arrivé à l’adolescence, Jo se montre aussi glouton, capricieux, méchant et violent que n’importe quel être humain pourri-gâté.
Cette évolution donne lieu à une régression au stade infantile, voire anal (les occurrences des termes « pipi », « caca », « fientes » et « excréments » l’attestent) du narrateur.
Car que veut nous dire Amélie Nothomb en filant la métaphore aviaire cent cinquante pages durant ? On s’interroge. Une critique du psittacisme social et de la parentalité ? Certes. Et quelques confessions par-ci par-là. Constatant à travers ce Gris du Gabon qu’il prend pour son fils que les enfants sont ingrats, le héros avoue notamment : « Non, je ne veux pas d’enfant, je n’en ai jamais voulu. » Mieux : en se projetant dans la peau d’un homme (on n’y croit guère car en lisant on entend sa voix aiguë et son timbre singulier), la romancière s’autorise à confier : « Je n’aime pas les femmes très femmes, ni les hommes virils. » Dont acte : Nothomb n’apprécie pas la sexualisation à outrance. Bref, le face-à-face avec l’oiseau tête-à-claques se meut donc en apologie de la solitude.
Cette autobiographie d’une plumitive fascinée par un spécimen à plumes manque de pétillance. On est hélas très loin du Perroquet de Flaubert, exquise biographie de Flaubert ciselée par Julian Barnes dans les années quatre-vingt. Reste la fantaisie d’Amélie que ses fidèles aficionados honoreront avec ferveur comme à chaque rentrée littéraire.
L’adolescence du perroquet d’Amélie Nothomb (Albin Michel, 154 p., 18,90 euros). En librairie le 19 août.



