Arnault et Bolloré visent les jeunes cathos
Les catholiques traditionnels tentent-ils d’embrigader les jeunes fidèles sous leur bannière identitaire et nationaliste à l’occasion de la venue du pape à Paris ? Ce n’est certes pas l’intention de Léon XIV, mais cela y ressemble néanmoins, sous l’influence de quelques personnalités comme Bernard Arnault ou Vincent Bolloré…
Et revoilà la fameuse Tunique de la basilique d’Argenteuil, celle que le Christ est réputé avoir portée pendant la Passion, sans que l’on en ait pour autant la preuve. L’histoire dit que Charlemagne, qui l’avait reçue en cadeau de l’impératrice de Byzance, l’offrit à sa fille, abbesse d’Argenteuil, le 12 août 800, il y a plus de 1 200 ans. Depuis cette date, elle n’a jamais quitté cette basilique où elle ne peut être vue qu’avec parcimonie, lors de rares ostensions, tous les 50 ans, puis en 2016 et en 2025, à l’occasion d’années de jubilé.
La Sainte Tunique exposée au Stade de France
Or, il y a peu, l’on a appris que cette Sainte Tunique du Christ sera déroulée et présentée le vendredi 25 septembre, à la fin de leur veillée, aux 80 000 jeunes réunis avec le pape Léon XIV… au Stade de France. Une exception historique qui verra l’unique transfert de l’histoire de la Tunique, sous haute sécurité pour un déplacement d’une dizaine de minutes, depuis la basilique jusqu’au Stade de France.
Qu’a-t-elle donc de si spectaculaire pour être ainsi exposée ? « Il s’agit d’une tunique banale, assez courte, marron foncé, que l’on enfile par la tête », dit l’un de ceux qui l’ont vue dans la basilique. Mais elle est réputée tachée du sang du Christ, ce qui explique son importance aux yeux des croyants.
L’initiative est bien sûr symbolique. Mais elle distille le doute sur la raison pour laquelle elle est réalisée. Le 25 août, Bernard Arnault, accompagné de sa femme, rencontre le pape dans sa résidence d’été. Rien ne filtre, mais nul ne doute que le milliardaire évoque avec Léon XIV la cathédrale Notre-Dame de Paris dans laquelle il a investi 200 millions d’euros. Et aussi cette fameuse Tunique dont, avec son ami Vincent Bolloré, il a financé la restauration, ce qui leur a donné l’insigne privilège de s’agenouiller tous deux, seuls, devant elle, lors de sa dernière ostension en 2025. (voir notre article du 27 janvier : « Bolloré-Arnault : deux empires, une bataille culturelle » ). « Ils ont beaucoup dépensé, oui, mais une place au paradis, cela coûte toujours », confie un conseiller du Saint-Siège à notre correspondante Marcelle Padovani. Quelle meilleure reconnaissance et quelle publicité pour le couple Arnault-Bolloré, tous deux très engagés à droite, que d’obtenir son exposition au Stade de France, devant 80 000 jeunes ?
Les influenceurs catholiques mobilisent les jeunes
Ce n’est pas tout. La veille de la venue du pape, jeudi 24 septembre, en dehors du programme officiel, les influenceurs catholiques, créateurs de contenus qui cartonnent sur les réseaux sociaux en obtenant des milliers de vues chez les jeunes, ont été autorisés à organiser une veillée de prière à l’église Saint-Sulpice pour « la paix, le renouveau de la foi, les vocations et la sainteté ». Parmi eux, le très controversé Matthieu Raffray, qui défend un catholicisme traditionaliste et conservateur. Proche de l’extrême droite, présent sur les plateaux de CNews, il évangélise les jeunes dans les milieux identitaires et nationalistes. Qui l’a autorisé à participer à cette veillée ?
Ces deux exemples interpellent sur le sens de la venue du pape à Paris. Depuis la publication de son encyclique Magnifica Humanitas, une doctrine sociale de l’Église vendue en France à 80 000 exemplaires, Léon XIV a annoncé au monde comment il veut défendre l’homme face au développement erratique de l’intelligence artificielle. Dans la lignée de la remarquée encyclique de son prédécesseur, celle du pape Léon XIII, Rerum novarum, publiée en 1891 et qui réclamait déjà le respect du travail humain face à la machine, Léon XIV insiste sur la dignité humaine et met en garde contre l’IA, une technologie contrôlée par quelques grandes entreprises concentrées dans une poignée de pays-puissances. En cela, il fait figure d’un pape humaniste et social. Peut-être le seul véritable opposant au maître du monde qu’est Donald Trump, d’autant plus qu’il est lui aussi américain.
La venue de Léon XIV en question
Le million et demi de personnes qui sont attendues dans les rues de Paris les 25 et 26 septembre, dont déjà plus de 500 000 se sont inscrites à la grande messe célébrée par le pape place de la Concorde et sur les Champs-Élysées, témoigneront de la ferveur des catholiques de France venus de tout le pays pour y participer. Depuis quelques années, leur nombre a recommencé à augmenter, tout comme celui des baptêmes, en particulier à Pâques. Parmi eux, beaucoup de jeunes en quête de sens dans un monde qui ne leur donne plus beaucoup de raisons d’espérer.
Seront-ils détournés vers un plaidoyer nationaliste et identitaire, proche de Reconquête ou du RN, qui serait en tout point contradictoire avec le message du Christ dans l’Évangile, ainsi que l’avait bien expliqué Bernard Attali dans nos colonnes ? Dans ce cas, c’est tout le message de la venue de Léon XIV à Paris qui serait dévoyé.



