Attal, le mini-Macron

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 16/04/2026

Candidat quasi déclaré à la présidentielle, le plus jeune Premier ministre qu’ait connu la France se lance avec un livre personnel et une stratégie qui rappelle un certain « en même temps ». Un possible trou de souris pour lui ?

Gabriel Attal, secrétaire général du parti centriste Renaissance, assiste à une séance de débat du « Grand Débat des Gracques » sur les grandes questions nationales, à Paris, le 11 avril 2026. (Photo Ian LANGSDON / AFP)

Ce serait un exploit. Sorti de la cuisse de Jupiter-Macron, Gabriel Attal espère gagner ses galons d’affranchi et succéder à un président particulièrement impopulaire. Il compte sur la promotion de son livre « En homme libre », à paraître le 23 avril, et une stratégie qui le place au centre de l’échiquier, non sans rappeler celle de son géniteur en politique. Penchant tantôt à gauche sur certains sujets, tantôt à droite sur d’autres, peut-il refaire, en 2027, le coup de Macron version 2017 ?

Une stratégie centriste assumée

Beaucoup se demandent pourquoi cet encore jeune homme est si pressé de défier les difficultés et d’en ajouter à celles de son camp. Ne ferait-il pas mieux d’attendre de mûrir un peu, de faire oublier sa filiation macroniste, de laisser la caravane du Rassemblement national passer pour mieux revenir plus tard ? Un autre candidat du bloc central semble mieux placé que lui, Édouard Philippe. Et même si Attal parvenait au second tour, il risquerait fort de se faire battre par l’extrême droite et d’en être rendu responsable devant l’Histoire.

Il ne raisonne évidemment pas comme cela. Il est du genre à avoir des fourmis dans les jambes et il ne voit pas pourquoi il laisserait passer son tour. Il a une revanche à prendre sur la dissolution qui l’a éjecté prématurément de Matignon. Et ses concurrents n’ont pas plié le match. Certes, Édouard Philippe part avec une longueur d’avance. Mais rien, à son avis, qui ne soit pas rattrapable. Surtout si, comme cela peut arriver, le Havrais commet une maladresse fatale ou déçoit sur son programme. En politique, la roue peut tourner vite.

Un positionnement entre gauche et droite

Le patron de Renaissance (parti qu’il va rebaptiser sans doute en « Nouvelle République ») se positionne sur un triptyque simple : ouverture sur les questions sociétales, social-libéralisme en économie, fermeté sur le régalien. Ainsi pense-t-il être au barycentre d’une importante frange de la population française. Allant jusqu’à se dire favorable à la très controversée GPA pour séduire certains progressistes, il s’est montré intransigeant sur le port de l’abaya et favorable à la réforme des retraites (dont il propose désormais de supprimer l’« abhorrée » mesure d’âge). Aujourd’hui, il continue de semer des petits cailloux pour se singulariser, avec plus ou moins de bonheur.

Typique de ce tâtonnement difficile : le débat sur le travail le 1er mai. Le groupe Renaissance proposait d’assouplir les interdictions dans certains secteurs (boulangerie, etc.). Les syndicats et la gauche sont montés au créneau. Le Premier ministre a reculé, privilégiant le dialogue social. Agacement d’Attal, qui réagit ainsi : « Il faudra revenir sur les causes profondes de l’absurdité politique et technocratique de cette situation. » Flèche envoyée à Sébastien Lecornu, mais aussi à Emmanuel Macron, qui était trop heureux de bloquer une initiative de son insolent ex-« petit frère ».

Des sondages encourageants mais incertains

Sur beaucoup de thèmes, Attal va s’efforcer d’avancer malgré tout, pour cultiver son capital. Il n’est pas négligeable. Il est parvenu à se maintenir dans le groupe de dirigeants de droite qui figurent dans le haut du tableau des sondages. Dans la dernière étude Ipsos-BVA pour Le Monde, comme dans les intentions de vote des autres instituts, il se situe seulement à une demi-douzaine de points d’Édouard Philippe. Mais ce dernier est le seul à être donné gagnant lors d’un second tour, alors que son cadet ne se situe que dans la marge d’erreur.

Cela lui suffit pour nourrir sa volonté de s’affirmer. Son handicap, il le sait, c’est sa jeunesse et son ex-proximité avec Macron. Il devrait être le premier atteint par la vague dégagiste. Mais il se donne jusqu’à l’automne pour décider. Si la gauche réformiste est incapable de produire un candidat qui tienne la route, il tentera de faire une OPA sur les déçus du PS. Si c’était Philippe qui flanchait, il serait là pour rattraper le coup. Si, finalement, aucun créneau ne s’ouvre, il se résoudra sans doute à soutenir le Havrais. En privé, il confie : « Je ne serai pas le Chevènement de 2027. » Autrement dit, il ne fera pas perdre son camp. En attendant, il ne l’aide pas…

Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse