Attal, mini Macron ?
Pour rattraper son retard sur Édouard Philippe, Gabriel Attal prend son contrepied. À son meeting de la Porte de Versailles, comme Emmanuel Macron il y a neuf ans, il renoue avec le « en même temps », avec le même ton d’espoir et d’optimisme.
On ne donnait pas cher de sa peau… Voici qu’à l’occasion de son premier meeting porte de Versailles, à Paris, Gabriel Attal a tenu son rang de candidat. « Je laisse à d’autres le sang et les larmes. Je prends l’action et l’espérance ». D’emblée, il donne le ton de sa campagne. S’il est candidat à l’élection présidentielle, c’est pour que la France redevienne « la première puissance européenne ». Un objectif qui lui donne « la force d’agir ».
Dans le dernier sondage IFOP, il se situe à cinq points derrière Édouard Philippe, à 9 % contre 14 %. Peu importe : il le défie ostensiblement. Quand le patron d’Horizons promet aux Français une période difficile pour redresser le pays, lui n’a pas peur de rêver. Il vante les atouts de la France : le pays qui inspire l’humanité, a soigné le monde avec Pasteur, innové avec le nucléaire, inventé la vitesse avec le TGV. La France, lance-t-il avec la fougue de ses 37 ans, a toutes les raisons d’y croire : l’avion vert, la fusion nucléaire, l’ordinateur quantique ou même SpaceX peuvent être français.
Un duel assumé avec Édouard Philippe
Quand Édouard Philippe, 55 ans, prend souvent un air grave pour s’inquiéter du montant de la dette, des menaces qui pèsent sur le modèle social français et des efforts qu’il faudra déployer pour le sauver, Gabriel Attal affiche un large sourire pour affirmer, au contraire, que la France « est le modèle de l’avenir ». Face aux « candidats du déclin » qui vendent le « conservatisme », veulent « renouer avec un passé nostalgique » et « revenir aux vieux clivages politiques », il préfère « tracer un chemin d’optimisme, de détermination et d’espoir ».
Dans sa ligne de mire, deux cibles, l’une offensive, l’autre défensive : d’une part son concurrent du bloc central, Édouard Philippe, qu’il cherche à combattre ; de l’autre celui qui est revenu en grâce à ses yeux, Emmanuel Macron, dont il cherche à séduire les électeurs. C’est au président de la République, rappelle-t-il, qu’il doit d’avoir été aux responsabilités et de servir son pays depuis bientôt dix ans. Qui d’autre lui aurait donné la chance d’entrer au gouvernement quand il n’avait que 28 ans ?
On croyait pourtant Macron et Attal en froid, distanciés depuis la dissolution que le Premier ministre d’alors avait critiquée sans être écouté. Elle lui avait coûté son poste à Matignon, sept mois seulement après sa nomination. Il en était resté frustré. Le voilà à présent qui tresse ses louanges, peut-être sous l’influence de son compagnon Stéphane Séjourné, proche du président, qu’il qualifie désormais publiquement d’« amour de sa vie », et avec lequel il s’est réconcilié à l’été 2024, après une séparation.
Le pari du « en même temps »
À l’Élysée, Emmanuel Macron, qui suit de près la bataille présidentielle, aurait de son côté choisi le candidat Attal pour mieux barrer la route à Édouard Philippe, qui l’a trop critiqué. Dans cette nouvelle lune de miel, Attal et Macron ont aussi en commun d’avoir les deux mêmes adversaires : La France insoumise et le Rassemblement national, qui « attisent la haine ». Quel bilan laisserait le président de la République si l’un des deux venait par malheur à le remplacer ?
Désormais, Gabriel Attal assume donc pleinement le dépassement que lui a inculqué son mentor. Contre la gauche, il veut récupérer à son profit le mot de « travailleur », en enclenchant une hausse massive des salaires grâce à la productivité et à l’innovation dont il croit les entreprises françaises encore capables. Aussi amplifiera-t-il la politique de l’offre. Et contre la droite, il veut récupérer les frontières, en favorisant une immigration de travail, où « l’on accueille moins pour accueillir mieux ».
Le grand dada de l’éphémère ministre de l’Éducation nationale reste l’école, la « mère de toutes les batailles » qu’il veut placer au centre de toutes les préoccupations. C’est pourquoi, face au recul démographique en raison duquel 1,7 million d’élèves manqueront à l’appel dans les écoles, collèges et lycées de France avant dix ans, il ne fermera pas de classes mais les maintiendra avec moins d’élèves. Ainsi, il promet que chaque classe en France comptera moins de vingt élèves. C’est la condition, dit-il, pour remplir son second engagement : que chaque génération vive mieux que celle de ses parents.
Un doux rêveur, Gabriel Attal ? Avec son air poupin malgré ses tempes qui grisonnent, on s’interroge. Lui le revendique lorsqu’il affirme : « ceux qui ne rêvent pas perdent un tiers de leur vie ». N’empêche. À l’entendre, on a le sentiment d’avoir affaire à un Macron bis, avec un côté « tout va bien, madame la marquise » qui peut mener les Français droit dans le mur.
Gabriel Attal mise sur ses promesses pour remonter dans les sondages et détrôner Édouard Philippe. « Nous avons un an », proclame celui qui assure : « nous allons gagner ». Au risque de faire perdre son concurrent, Édouard Philippe, mieux placé que lui.



