Aurore Bergé : le grand remplacement de la compétence

par Régis Poulain |  publié le 13/09/2026

Interrogée par Cnews sur le « grand remplacement », Aurore Bergé s’est contentée de juger cette théorie « fausse » … mais pas raciste ! Une distinction pour le moins étonnante de la part de la ministre chargée de lutter contre les discriminations.

Mercredi 9 septembre sur CNews, la ministre Aurore Bergé s'est exprimée sur la théorie du « grand remplacement », l'évoquant comme un « débat politique ». ( capture d'écran © CNews )

 Il est des postes ministériels pour lesquels le profil à nommer est assez naturellement celui d’un haut fonctionnaire : un préfet de police au ministère de l’Intérieur, un diplomate aux Affaires étrangères… Pour d’autres, des personnalités issues du monde associatif sont souvent les bienvenues : la dirigeante du WWF à la Transition écologique ou une sportive au ministère des Sports. Pour une raison purement politicienne, le président de la République a nommé à la Lutte contre les discriminations une femme qui n’avait jusqu’alors aucun lien particulier avec ce combat : Aurore Bergé.

Celle qui s’est surtout fait connaître pour la versatilité de ses engagements politiques, passant successivement par les rangs des soutiens de François Fillon, Jean-François Copé puis Nathalie Kosciusko-Morizet avant de devenir une fidèle macroniste, a dû attendre le second mandat de celui auquel elle doit beaucoup pour entrer au gouvernement. À aucun moment, la députée des Yvelines n’avait manifesté d’intérêt particulier pour la lutte contre le racisme. Mais il fallait bien la nommer quelque part après l’esclandre provoqué en 2022. Frustrée de ne pas faire son entrée dans l’exécutif, elle avait quitté une réunion de groupe en pleurs, lançant : « J’ai tout donné à la macronie ! » Déchirant.

Le « grand remplacement » relativisé

Malgré cette erreur de casting, on aurait pu s’attendre à ce qu’elle traverse le second quinquennat sans faire trop de vagues. Mais patatras : les limites finissent toujours par apparaître. Peut-on être ministre chargée de la Lutte contre les discriminations sans maîtriser le corpus idéologique de ceux que l’on est censé combattre ? Sur le plateau de CNews, la ministre a timidement débattu avec l’essayiste conservateur Mathieu Bock-Côté. Celui-ci a réussi à lui faire dire que la « théorie du grand remplacement » n’était pas raciste et que l’extrême droite avait le droit de l’exprimer dans le débat public. Tout juste a-t-elle ajouté que cette théorie était « fausse ».

Une théorie nourrie notamment par des thèses racialistes et suprémacistes ne serait donc pas raciste ? Une théorie selon laquelle des élites organiseraient de vastes mouvements de population afin de provoquer la disparition de la population blanche, remplacée par des populations venues d’ailleurs, ne serait pas… raciste ? 

Le concept de « grand remplacement », popularisé par Renaud Camus, a par ailleurs été repris par plusieurs terroristes suprémacistes blancs, notamment l’auteur des attentats de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, en 2019. D’autres tueurs s’en sont inspirés, comme celui de Buffalo, aux États-Unis, en 2022, qui se revendiquait du suprémacisme blanc et a assassiné dix personnes noires. Cruelle ironie : s’il est un pays qui s’est construit sur le massacre de populations autochtones et l’arrivée massive de populations venues d’ailleurs, ce sont bien les États-Unis. 

Le vent de 2027

À quoi pensait la ministre en déclarant que cette idéologie, vectrice de haine, n’était pas « raciste » ? A-t-elle mesuré ce que cela pouvait signifier pour les musulmans, les Noirs ou les Arabes de France d’entendre la ministre censée lutter contre les discriminations considérer que de telles idées peuvent avoir leur place dans le débat public ? 

Aurore Bergé aurait mieux fait de s’inspirer de la réponse du chancelier Friedrich Merz à la percée historique de l’AfD, allant jusqu’à qualifier le concept de « remigration » de « projet de nettoyage ethnique ». La girouette continuera donc de tourner là où le vent la portera. Et celui de 2027 souffle vers l’extrême droite.

Régis Poulain