Boycott d’Israël : décision polémique à New York
Au terme d’un débat houleux, les membres d’une coopérative alimentaire new-yorkaise ont récemment voté le boycott des produits israéliens. Ce choix fait écho à celui du maire de New York, Zohran Mamdani, de boycotter la parade en l’honneur d’Israël du 31 mai.
Park Slope est l’un des quartiers les plus démocrates du pays. Kamala Harris y a recueilli 92 % des suffrages face à Donald Trump, et le quartier abrite également une importante communauté juive. Symboliquement, ce vote en faveur du boycott illustre le nouveau test de pureté idéologique qu’est devenu Israël dans certains milieux progressistes, ainsi que les défis auxquels est confrontée la communauté juive américaine, largement libérale, dans un contexte de montée de l’antisémitisme, notamment à New York.
Un signal politique dans un quartier démocrate
Zohran Mamdani a reçu des responsables communautaires juifs à l’hôtel de ville et les a honorés dans le cadre du « Jewish Heritage Month ». Il a augmenté les moyens consacrés à la lutte contre les crimes de haine et condamné sans ambiguïté les actes antisémites. Il n’est d’ailleurs probablement pas antisémite lui-même. Mais la véritable question n’est pas là. Ce qui importe est de savoir si ses choix politiques et ses prises de position contribuent réellement à assurer la sécurité des Juifs new-yorkais, notamment lorsque leur identité juive s’exprime aussi à travers leur attachement à Israël.
Pour la majorité des Juifs américains, Israël demeure un puissant facteur d’appartenance et de fierté, malgré les désaccords parfois profonds qu’ils peuvent entretenir avec les gouvernements israéliens successifs. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la parade pro-israélienne se tient à la fin du « Jewish Heritage Month ».
Antisionisme et tensions dans l’espace public
La rhétorique et les positions de Mamdani sur Israël tendent cependant à banaliser l’antisionisme et à marginaliser les Juifs qui se définissent comme sionistes. Lorsqu’il souhaite mettre fin aux investissements municipaux en Israël, sans adopter la même logique à l’égard d’autres pays, il suggère qu’une telle démarche est progressiste, légitime et susceptible d’être reproduite ailleurs, comme à la coopérative de Park Slope. L’antisionisme devient alors non seulement acceptable, mais parfois même un marqueur d’appartenance au camp progressiste.
Le problème de cette logique est qu’elle peut conduire au boycott des individus après celui des produits. Les difficultés croissantes rencontrées par certains artistes israéliens pour se produire à New York, ou encore les tensions apparues dans certaines entreprises en raison du soutien supposé de leurs dirigeants « au génocide », en sont des illustrations. Cette violence symbolique peut ensuite nourrir, et a parfois déjà nourri, des formes de violence plus concrètes contre les Israéliens, les soutiens d’Israël, les sionistes et, à terme, contre les Juifs en général. Cette dynamique est antérieure à Mamdani, mais celui-ci contribue à la légitimer dans la plus grande ville juive du monde lorsqu’il refuse de condamner des slogans tels que « Globalize the Intifada ».
Il est par ailleurs le premier maire de New-York depuis 1964 à ne pas participer à la traditionnelle parade de la ville en l’honneur d’Israël, qui se tenait cette année le 31 mai. Le maire aurait pu participer, même brièvement, à la parade, prononcer quelques mots — y compris critiques à l’égard du gouvernement israélien — puis repartir. Il a choisi une autre voie : non pas débattre, mais ignorer l’événement. Ce choix contribue à rendre Israël invisible dans l’espace public et suggère à ses « frères et sœurs juifs » qu’Israël ne constitue plus une expression légitime ou acceptable de leur identité.
Le boycott adopté par Park Slope n’aura évidemment aucun impact significatif sur l’économie israélienne. En revanche, il cible symboliquement un pays auquel la majorité des Juifs américains restent attachés. Il traduit une volonté d’effacer Israël du champ des appartenances considérées comme acceptables, et donc de délégitimer une certaine manière de vivre et d’exprimer son identité juive. En définitive, le « Jewish Heritage » célébré par une partie des progressistes et par le maire de New York semble exclure l’État juif lui-même. Au mieux, cette attitude relève de la maladresse politique ; au pire, elle traduit une contradiction profonde qui risque d’affaiblir la vie juive et le sentiment de sécurité d’une partie des Juifs new-yorkais.



