Brésil : un Bolsonaro peut en cacher un autre

par Javier Garcia |  publié le 16/09/2026

L’ancien président est hors course, mais visiblement pas le bolsonarisme. Son fils Flávio talonne désormais Lula et pourrait ramener au pouvoir un patronyme que l’on croyait durablement écarté. L’héritage familial semble prendre racine au Brésil.

Flavio Bolsonaro, candidat à la présidence pour le parti PL, et son épouse, lors d'un rassemblement pour le Jour de l'Indépendance réclamant le départ du président Luiz Inácio Lula da Silva et du juge de la Cour suprême, à São Paulo, le 7 septembre 2026. (Photo Marina Uezima / Brazil Photo Press via AFP)

Jair Bolsonaro ne sera pas élu président du Brésil en octobre. Il n’est même pas candidat. Déclaré inéligible, l’ancien président regarde son fils Flávio affronter Lula. Le premier tour aura lieu le 4 octobre, et le second, si nécessaire, le 25. Seulement voilà : à quelques semaines du scrutin, le Bolsonaro qui figure sur les bulletins atteint 44, 45 et parfois 46 % au second tour. Les derniers sondages placent les deux hommes dans la marge d’erreur. Le père a disparu du bulletin ; son électorat, lui, n’a presque pas bougé.

C’est la véritable surprise de cette campagne. On pouvait imaginer qu’après la défaite de Jair Bolsonaro en 2022, son inéligibilité et quatre années de présidence Lula, le bolsonarisme refluerait. Il s’est au contraire transformé en un héritage politique suffisamment solide pour être transmis.

Un électorat qui ne s’est pas évaporé

Sa sociologie le montre. Dans le dernier Datafolha, Flávio recueille 50 % des intentions de vote chez les évangéliques, contre 22 % pour Lula. Le rapport s’inverse chez les catholiques. Lula domine très largement parmi les Brésiliens gagnant jusqu’à deux salaires minimums ; Flávio passe devant au sein des les classes moyennes et atteint 47 % chez ceux qui gagnent plus de cinq salaires minimums. Géographiquement, le Nordeste demeure la forteresse de Lula, tandis que le Sud et le Centre-Ouest penchent à droite.

Le bolsonarisme n’est donc pas seulement la révolte des laissés-pour-compte. Il rassemble aussi entrepreneurs, classes moyennes, diplômés et électeurs qui associent la droite à l’ordre, à la sécurité et à une moindre intervention de l’État. Bolsonaro n’a pas seulement constitué une clientèle électorale : il a agrégé un monde.

Lula peut pourtant défendre un bilan social. Sous son mandat, des millions de Brésiliens sont sortis de la pauvreté et le chômage a fortement reculé. Mais les statistiques nationales ne disent pas tout du sentiment économique. Le prix de l’alimentation, de l’énergie et des dépenses quotidiennes continue de peser sur les budgets. Le feijão que l’on met dans l’assiette compte parfois davantage que la courbe du PIB. Chez ceux qui ne sont plus pauvres mais craignent de le redevenir, Flávio peut ainsi capter la peur du déclassement. Lula peut gagner la bataille contre la pauvreté et perdre celle du sentiment d’appauvrissement.

Flávio, l’héritier sans la copie conforme

Reste le fils. Le prénom lui-même mérite attention. On dit « Flávio », comme la France a fini par dire « Marine ». La comparaison a ses limites, mais le mécanisme mérite d’être observé : conserver un patronyme qui constitue une formidable marque électorale tout en construisant une personnalité moins encombrée par les outrances du fondateur. Flávio n’a pas rompu avec Jair. Il tente plutôt de conserver son plancher électoral tout en relevant son plafond.

Même l’enquête dont il fait désormais l’objet dans l’affaire du financement du film Dark Horse, consacré à son père, n’a pour l’instant provoqué aucun décrochage mesurable. Il est trop tôt pour conclure : les prochaines enquêtes d’opinion permettront d’en mesurer l’effet. Mais la solidité du bloc bolsonariste frappe.

Le dernier domino latino-américain ?

Cette élection dépasse enfin le Brésil. Javier Milei soutient ouvertement Flávio et a lui-même présenté le scrutin brésilien comme la prochaine étape d’une vague qui a déjà porté les droites au pouvoir dans plusieurs pays latino-américains. La famille Bolsonaro entretient également des liens politiques étroits avec Donald Trump et son entourage. Le Brésil, géant de 200 millions d’habitants, pourrait devenir le dernier grand domino d’un basculement continental. Jair Bolsonaro ne sera donc pas élu en octobre. Mais si Flávio l’était, son père aurait peut-être remporté une victoire plus durable qu’un retour au pouvoir : avoir fait du bolsonarisme une force politique capable de lui survivre.

Javier Garcia