Campagne présidentielle à OK Corral
Coups bas, invectives et tirs à vue : à droite comme à gauche, la campagne présidentielle se change en foire d’empoigne. Autrefois, les candidats attaquaient leurs ennemis. Cette fois, ils s’en prennent à leurs amis.
Dans le camp d’Édouard Philippe, on n’en est toujours pas revenu. Pas un jour ne se passe sans que le favori de la droite n’appelle les autres à s’unir derrière lui. Et voici que son concurrent Gabriel Attal lance sur France Inter que… le 18 avril, jour du 1er tour, il y aura bien sûr un bulletin de vote à son nom. Une provocation !
D’un côté, Édouard Philippe répète qu’il ne faut conserver qu’un seul candidat à droite, lui qui aurait le plus de chances de battre Jean-Luc Mélenchon puis Marine Le Pen. De l’autre, Gabriel Attal livre un combat sans merci et se projette chaque jour davantage sur la ligne d’arrivée. Quant au troisième larron, Bruno Retailleau, il a donné l’ordre à ses troupes d’aller jusqu’au bout. La preuve, il a débauché pour ce faire le préfet de Bretagne, pas moins, comme directeur de sa campagne.
Pour Édouard Philippe, en tête dans les sondages, rien ne se passe comme prévu. Lui qui espérait rallier rapidement le patron des LR à droite et celui de Renaissance à gauche se trouve coincé depuis des mois entre les deux, certes toujours devant mais sans imprimer une réelle dynamique. Gabriel Attal, que l’on pensait faire un petit tour et puis s’en va, mène une campagne agressive et plutôt efficace avec le talent de communicant qu’on lui connaît. Pis, il se met à y croire et attend son heure, convaincu que le patron d’Horizons finira par trébucher. Quant à Bruno Retailleau, il ne désarme pas malgré ses faibles sondages, obsédé qu’il est d’assurer la survie de son parti politique.
La primaire à gauche se durcit
À gauche, tout se passe encore plus mal. Le choix de la primaire devait éclaircir la situation, il la complique. Certes, après trois débats télévisés et deux votes, il y aura bien le 17 octobre un seul vainqueur social-démocrate sur le podium quand ils seront encore trois à droite. En sortira-t-il renforcé pour autant ?
Avant même l’ouverture des débats, Raphaël Glucksmann, le favori de la primaire, aura été traité de « stagiaire » par Ségolène Royal pour n’avoir jamais rien dirigé, ni collectivité locale ni structure étatique. Quant à la candidate de 2007, qui a selon lui « quémandé des postes » pendant les 45 années de sa carrière politique, on nous rappelle qu’elle a fait des appels du pied à Emmanuel Macron, à Michel Barnier en passant par… Jean-Luc Mélenchon. Le pire est qu’elle assume, l’essentiel à ses yeux étant de créer l’affrontement avec Raphaël Glucksmann qu’elle entend bien dézinguer. Experte pour toucher l’opinion, Ségolène Royal a l’art d’installer le match.
Pendant ce temps, Philippe Brun bataille sur la place publique pour réintégrer la primaire d’où il a été exclu par le Parti socialiste pour une obscure histoire où son ex-collaboratrice aurait, dixit la direction du PS, alerté du caractère pénal des violences qu’il lui aurait infligées. Le Canard enchaîné affirme que ce n’est pas elle, comme cela a été dit, mais la directrice de cabinet d’Olivier Faure qui a saisi Johanna Rolland des faits. Alexandre Ouizille, soutien actif de Glucksmann, aurait, de son côté, réclamé que le Bureau national du Parti socialiste s’empare du sujet. De là à imaginer que Faure et Glucksmann se sont entendus pour exécuter Philippe Brun…
Tout cela fait les choux gras de Jean-Luc Mélenchon qui, face au bazar ambiant au Parti socialiste, contrôle ses troupes d’une main de fer. Et aussi ceux de François Hollande qui attend son heure pour siffler la fin de la récréation. Si l’on ajoute qu’avec les 15 euros à payer, le nombre des participants pourrait être limité, on comprend que le gagnant de la primaire a peu de chances d’impulser une vraie dynamique.
Une campagne déjà marquée par les divisions
À sept mois de l’échéance, ces déchirements sont-ils inévitables ? Certes, la présidentielle est une course de fond où l’on peut trébucher tous les jours. Une maladresse, un débat raté, une révélation – Édouard Philippe serait-il menacé d’une autre affaire après celle du Havre ? – tout peut compter. À droite comme à gauche, on considère que les électeurs n’entreront pas vraiment dans la campagne avant le mois de février. En 2012, les insultes envers François Hollande – « Flanby », « Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup » – ne l’ont pas empêché de l’emporter. Tout cela nous dit à quel point, aujourd’hui, rien n’est joué. Mais cette ambiance de pugilat inquiète. Elle fragilise les candidats et peut laisser des traces. Elle entretient toutes les incertitudes.
Jusqu’au sein même du Rassemblement national où, depuis sa déclaration de candidature, Marine Le Pen a pris ses distances avec Jordan Bardella qui s’y voyait déjà. Divergences de fond sur le programme et dissensions de forme sur le rôle de chacun troublent leurs partisans. Jusqu’à la configuration inédite de Reconquête où le flou persiste sur qui, entre Éric Zemmour et Sarah Knafo, sera le candidat.
« Ce type d’attaques avilit l’ensemble de la classe politique », a rétorqué Raphaël Glucksmann à Ségolène Royal. En effet…



