Cazeneuve, « un Delors qui dit oui »
L’ancien Premier ministre a réuni ses amis pour lancer les préparatifs de sa candidature à la présidentielle.
« Je suis prêt et déterminé » : ces cinq mots, Bernard Cazeneuve les a répétés plusieurs fois aux amis qu’il avait réunis le 18 avril dans la grande salle Victor Hugo de l’Assemblée nationale. Quelques centaines d’adhérents à son association La Convention, des politiques, des hauts fonctionnaires, des experts, tous ont eu le plaisir de trouver un Cazeneuve combatif. Pas question de laisser tomber son projet de candidature.
Une candidature assumée face à François Hollande
Son « Je suis prêt » semble répondre au « Je me prépare » affirmé par François Hollande quelques jours plus tôt à la une de Marianne. À ceux qui ironisaient ces derniers temps sur ses apparentes hésitations à se lancer, il répond : « Je suis un Delors qui dit oui ! ». Sa détermination est totale : « Faites-le savoir ! » a-t-il demandé à ses amis, chargés de répandre la bonne parole. Et de motiver les soutiens sur le terrain, les mécènes, la PQR et tous ceux d’accord pour l’accompagner dans cette aventure.
Mais il ne veut pas d’une « candidature de témoignage ». S’il y va, il ne veut pas s’arrêter en route, constatant qu’il n’y a pas assez de monde derrière lui. Alors il commence par réunir les conditions d’un démarrage efficace, puis il enverra une Lettre aux Français qui contiendra les grandes lignes de son programme. Pas question de balancer 110 propositions, mais de distinguer cinq à dix chantiers pour lesquels il aura des « propositions marquantes ».
Une ligne social-démocrate revendiquée
Il ne tombera pas dans la démagogie. Ce n’est pas son genre. Il n’a pas rompu avec le PS et dénoncé l’alliance avec LFI pour produire un projet du type NFP. Social-démocrate dans l’âme, il n’hésitera pas à dire la vérité sur les différents sujets : « Il n’y a pas de trésor caché », dit-il pour justifier le choix de mesures exigeantes, « des réformes difficiles mais coconstruites avec les partenaires sociaux ».
Il ne veut pas non plus tomber dans le « jeunisme » ou les propos flatteurs. « Je dirai peut-être des choses qui peuvent déplaire, mais il faut être honnête. Dans ce genre de situation, on met sa sincérité en jeu ». Sur cette base, il a demandé à ses soutiens de commencer à récolter les promesses de signatures pour obtenir les 500 nécessaires à une candidature à la présidentielle. Et il compte entamer le dialogue avec les partenaires sociaux dès maintenant pour avoir un projet clef en main, applicable immédiatement après l’élection.
Offensive contre ses rivaux
Ce jour-là, Bernard Cazeneuve, que l’on perçoit si sage et mesuré à la télé, a sorti les griffes du politique. Avec l’humour ravageur dont il est capable, il a écarté l’idée de primaires d’une formule : « Les primaires, c’est primaire ». Attaqué les adversaires d’un « Les candidats de droite sont assez… datés », faisant allusion à Dati. Et réservé son coup le plus cruel à Olivier Faure, comparé à un « pot de gélatine, que l’on a beau bouger, revient toujours à sa forme initiale ».
L’ancien ministre de François Hollande, quand il le veut, sait fendre l’armure et jouer avec les mots. Il lui reste à le montrer au grand public, qui le perçoit d’abord comme un sage. Face à la concurrence, y compris celle de son ami et ancien président socialiste, il sait qu’il devra sortir de sa réserve et prouver qu’il est un combattant sans état d’âme. On n’a plus longtemps à attendre pour avoir de ses nouvelles. On va bientôt le voir à l’œuvre. Puisqu’on vous le dit, « il est prêt et déterminé » !



