Chantons l’histoire de France
L’ensemble de musique baroque Les Lunaisiens poursuit son entreprise de résurrection des chansons françaises traditionnelles.
Les Lunaisiens nous chantent l’Histoire de France. Après Jacques Prévert, Georges Brassens et Boris Vian, voici Jadis et naguère, florilège d’airs ayant vu le jour depuis les temps mérovingiens jusqu’au siècle de Victor Hugo. Baryton des plus classiques, Arnaud Marzorati a fondé, voici un peu plus de vingt ans, cet ensemble de musiciens baroques – ils jouent de la viole de gambe, de la flûte à bec et l’on en passe – afin de faire entendre, sous une forme exigeante, mille ritournelles traditionnelles. Cette fois-ci, c’est un répertoire oublié qu’il exhume.
Un répertoire inspiré de Michelet
Son modèle ? Jules Michelet. Comme l’historien faisait revivre l’âme du peuple enfouie sous les archives, le musicien restitue la détestation des geôles de Louis XI, la jalousie de la Montespan, l’impopularité de Louis XIV, en utilisant des instruments d’époque. « Notre ensemble a toujours exploré le champ de la chanson, dit-il en souriant. Ce nouveau projet s’inspire en partie du travail accompli par France Vernillat et Pierre Barbier, qui publièrent en 1982 une Histoire de France par les chansons. Nous ne sommes pas là pour écrire un roman national, surtout par les temps qui courent, alors que les manipulations se multiplient. Nous voulons, avec bonne humeur et légèreté, faire comprendre que les sentiments que partagent nos contemporains – la colère à l’endroit de leurs dirigeants, le refus des injustices ou même une forme d’humour un peu paillard – ont toujours existé. »
Chansons populaires et mémoire collective
François-Charles Panard (1689-1765) et Jean-Joseph Mouret (1682-1738) ouvrent la marche : « Dans ma jeunesse/ Gaîment le temps passait/On se divertissait/Avec grâce on dansait/ Dans un bal on faisait/ Admirer son adresse. Aujourd’hui ce n’est plus cela. » Fichue nostalgie, qui ronge les vieux de toute éternité, leur fait penser que le monde court à sa perte alors que, la chose est bien connue, c’est leur jeunesse qui s’enfuit.
L’évocation de Frédégonde et Brunehaut, charge parodique signée par Édouard Ripault, chansonnier de la Troisième République, est de la même eau : « De ces deux royales drôlesses/ Narrant selon votre désir/ Les aimables scélératesses/ Puissé-je vous faire plaisir ». Âmes sensibles s’abstenir, mais le dévergondage est drôle.
Une récréation musicale assumée
« J’ai toujours aimé l’association de la culture savante et de la culture populaire, poursuit Arnaud Marzorati. J’entraîne dans cette récréation sérieuse des artistes au parcours traditionnel, je pense en particulier à Jenny Daviet, soprano, Cyrille Dubois, ténor, au chœur Audomaria que dirige Adélaïde Stroesser. Et j’ose espérer que le public, passé la surprise d’entendre des propos somme toute assez familiers, fredonnés sur des airs baroques, aura, lui aussi, le plaisir de faire un pas de côté. »
Ces chemins de traverse ont le parfum de l’inédit. Les « Lunaisiens » – ce nom qui sonne à rêver debout, sous la voûte céleste, à quelque monde meilleur – n’attendent plus que vous.
Jadis et naguère, par Les Lunaisiens, direction Arnaud Marzorati. Label Seulétoile.



