Chikirou : mon adversaire, Ariel Weil
En s’attaquant au maire de Paris Centre, coupable selon elle de ligoter Emmanuel Grégoire dans son refus de s’allier à elle au second tour, la candidate de LFI persiste dans l’antisémitisme. Et cible François Hollande qui a soutenu la campagne d’Ariel Weil.
Ce serait donc lui le fautif. Celui qui « tient » Emmanuel Grégoire et l’empêche de fusionner au second tour sa liste de la gauche unie à Paris avec celle de la candidate de La France insoumise.
Une attaque politique contre le maire de Paris Centre
Dans une interview surréaliste donnée à « SurmulotNews », un compte anonyme sous-marin de LFI, Sophia Chikirou désigne Weil comme l’homme à abattre. Ce serait lui, accuse-t-elle, qui interdirait à Emmanuel toute alliance avec LFI. Et d’en conclure : « Il faut qu’Emmanuel Grégoire se débarrasse d’Ariel Weil, j’espère qu’on va le battre. LFI se maintiendra au second tour. Il faut faire perdre Ariel Weil, le sectaire ».
Quelle folie s’est une fois encore emparée de Sophia Chikirou pour qu’elle s’en prenne ainsi au maire qui gère les quatre premiers arrondissements de Paris Centre ? Elle nourrit à son endroit plusieurs griefs.
Ariel Weil, figure socialiste ciblée par LFI
Le premier est son origine juive. Après la fausse-blague antisémite de son compagnon Jean-Luc Mélenchon à propos de la russification du nom Epstein en Epstine, et sa fausse-erreur de prononcer Glucks-man plutôt que Glucks-mann, elle se met au diapason. Weil n’est pas l’unique pourfendeur de LFI au PS, mais c’est le seul parmi les 17 têtes de listes d’arrondissements d’Emmanuel Grégoire à porter un nom à consonance juive.
Né le 5 juin 1973 à Jérusalem, Ariel Weil est aussi dans la vie le mari de Delphine Horvilleur, une des rares femmes rabbins en France et qui porte l’étendard d’un judaïsme moderne et éclairé. Rescapés des camps de concentration, ses parents sont tous deux psy. Après le lycée Henri-IV, hypokhâgne et khâgne, il étudie à Sciences Po, à l’ENSAE puis à Harvard. Il franchit toutes les étapes d’un parcours idéal qu’il parachève par une carrière internationale.
Cela ne l’empêche pas d’entrer en politique à Paris dès l’âge de 25 ans, aux côtés du sénateur socialiste Henri Weber, puis d’accéder à la mairie du 4e arrondissement où il récupèrera Paris Centre quand une seule mairie chapeautera les quatre premiers arrondissements de Paris. À ce titre, il a participé à la reconstruction de Notre-Dame et à la piétonnisation des abords du musée du Louvre.
La fracture entre socialistes et La France insoumise
Inscrit au PS depuis 2012, il appelle aux élections législatives de 2024 à la reconstruction d’une gauche « progressiste, européenne, républicaine, écologiste, laïque, fraternelle, féministe et universelle ». En réaction à l’augmentation des actes antisémites, il s’oppose à toute alliance entre le Parti socialiste et La France insoumise. Il crée l’année suivante le Cercle socialiste des amis d’Israël. Proche de Bernard Cazeneuve, il est aussi le seul candidat que François Hollande a ostensiblement soutenu lors de sa campagne pour les élections municipales du 15 mars.
Le jour où elle cible Ariel Weil, Sophia Chikirou tient son meeting de campagne à la Mutualité. Elle est rapidement remplacée sur l’estrade par Jean-Luc Mélenchon qui récupère le show à son profit. « Avec qui vont-ils gagner ? », raille-t-il à l’évocation du désistement que réclame au second tour le Parti socialiste à LFI. Et de proposer à l’inverse « un front unique antifasciste », avec « une représentation commune au second tour » sans accord programmatique.
Alors que la gauche se déchire en tentant de prendre ses marques pour la présidentielle, le meeting de Chikirou tourne en plaidoyer pro-Mélenchon, avec un objectif principal : faire croire aux électeurs que la « barrière politique » et la « violence » proviennent du Parti socialiste et non de La France insoumise.
Fiers d’avoir enfin condamné dans un communiqué l’antisémitisme de LFI, qui disqualifie tout accord national, les dirigeants du Parti socialiste n’en ont pas terminé avec Jean-Luc Mélenchon. Outre les pressions en faveur de rapprochements locaux venues de leurs propres candidats anxieux de ne pas perdre de circonscriptions, ils devront subir longtemps encore les coups de boutoir aux relents antisémites. La bataille de la présidentielle de 2027 ne fait que commencer…



