Clap de fin pour Hollywood ?
Le cinéma américain ne brille plus au firmament. À Cannes, c’est par son absence qu’il s’est fait remarquer en 2026. Certains avancent que le lancement d’un film dans un festival dessert sa stratégie de promotion. Mais la réalité est ailleurs.
Depuis deux ans, le cinéma mondial souffre de l’absence de films et de blockbusters américains. La grande grève d’Hollywood de 2024, qui a mobilisé principalement techniciens et acteurs pour défendre leurs droits et leurs emplois, se fait encore sentir. La crise est profonde et ses causes sont multiples.
Des mutations qui fragilisent Hollywood
D’abord, les tournages ont été délocalisés. La moitié d’entre eux ont déserté les studios de Los Angeles pour aller au Canada ou dans les pays européens, moins chers et plus attractifs. Un vrai sujet pour les emplois à Hollywood, où l’on se précipitait autrefois pour venir tourner. Truffaut et Louis Malle sont des références historiques. Ce temps est révolu.
Le développement fulgurant des séries a détourné des salles de cinéma les amateurs de fiction, qui les regardent sur des « écrans-nomades », notamment sur leur smartphone. Les formats changent, les récits aussi, plus courts ou plus longs, rebondissant d’un épisode à l’autre et l’usage a été transformé : on regarde la fiction partout, à tout moment, sauf dans les salles. L’écriture s’adapte, les financements vont ailleurs. C’est une autre forme artistique, qui n’est plus tout à fait celle du cinéma.
Enfin, l’IA bouleverse tout, ici comme ailleurs. Des scénaristes aux traducteurs, des décorateurs aux métiers les plus divers qui interviennent dans la production d’un film, tous ont vu leur travail bouleversé. Et les auteurs, source de la créativité, sont aux abois.
Le cinéma américain face à une crise durable
Cette mutation entraîne des fermetures de salles aux États-Unis et plonge le cinéma mondial dans une grande incertitude. Quand on sait que le cinéma américain dominait le monde et assurait la rentabilité des salles à 80 % dans nombre de pays, il y a de quoi s’inquiéter. En France est un pays cinéphile. Le cinéma est la troisième industrie nationale, avec l’aéronautique et le nucléaire. Il excelle grâce à un système de ressources et d’aides très élaboré, géré par le CNC, et le cinéma américain ne représente que 50 % en moyenne des recettes. Mais sans lui, tout s’effondrerait néanmoins. Certes, nous n’en sommes pas là et le dynamisme de Disney ou de Warner bénéficie toujours à l’industrie mondiale, et donc française, en alimentant le marché et en finançant la création. Mais pour combien de temps ?
Cette crise recouvre un mal plus profond : le recul du rêve américain, porté pendant des décennies par Hollywood. L’hostilité farouche de Trump envers ce repaire de démocrates qui s’opposent à lui traduit le clivage qui divise l’Amérique. Pour beaucoup, dans le monde ou aux États-Unis, le rêve américain s’est transformé en cauchemar : quel récit peut-il encore susciter ? Cette extraordinaire machine à promouvoir l’Amérique, son idéal démocratique, sa vitalité, ses innovations, bute sur la réalité politique et technologique du monde d’aujourd’hui. Si elle advient, la fin d’Hollywood entraînera celle du rêve américain. Certes il n’a pas encore disparu. Mais il reste à réinventer.



