Classique – À Saintes, la musique pour tous !
Douze mois par an, la capitale de la Saintonge offre au plus large public des concerts et des spectacles de qualité. Quelques semaines avant le début de son festival de musique, David Théodoridès, directeur de l’Abbaye aux Dames, en témoigne.
Deux villages que rassemble une rivière, un soleil à l’antique, un Moyen Âge en sourire, une jeunesse prête à s’inventer. Telle est Saintes. François Mitterrand la considérait comme « la plus belle petite ville de France ». Un patriotisme de Charentais ? Certes. Mais quelques pas suffisent, depuis le parvis de la gare, à séduire les cœurs les plus endurcis. À l’approche de sa 55e édition du Festival de musique, David Théodoridès, directeur général du Centre culturel de rencontre de l’Abbaye aux Dames, joyau de l’art roman à partir duquel tout se déploie, nous explique la politique d’ouverture qu’il conduit tout au long de l’année.
Adapter le classique aux nouveaux publics
« Si nous voulons continuer à toucher le public, il nous faut aussi tenir compte des mutations actuelles et adapter nos projets sur la forme et sur le fond, estime-t-il. Non seulement les attentes ont évolué, mais le temps d’attention de nos concitoyens, du fait de la multiplicité des offres et des réseaux sociaux, est différent. » Dans l’esprit de beaucoup, la culture du divertissement divertit de la culture. La réflexion, la passion, l’émotion, tout cela danse dans le shaker des uns et des autres, au point que les publics, au lieu de se réunir, se séparent et se méprisent mutuellement.
« Tandis que les mélomanes pèsent au trébuchet de leurs connaissances la justesse d’une interprétation, la plupart de nos concitoyens veulent d’abord être émus, constate David Théodoridès. On peut le regretter, considérer qu’il s’agit d’un recul, mais c’est une réalité. Pour surmonter cet obstacle et vaincre les timidités, pour faire venir le grand public à des œuvres ambitieuses, nous devons mettre l’accent sur des formes nouvelles, croiser les pratiques et les esthétiques, dans une approche éloignée des canons académiques. En adoptant une conception plus affective du concert, nous essayons de nous adresser au cœur, en espérant que cette porte ouvre l’esprit, suscite la réflexion, le désir de découvrir, de mieux connaître enfin. »
Une programmation annuelle ancrée en Saintonge
Le Centre culturel de rencontre de l’Abbaye aux Dames organise des activités culturelles de village en village, portées par une exigence intacte, mais d’une manière plus souple. Ainsi Laure Favre-Kahn, quelques semaines avant Noël, a-t-elle joué le programme de son disque « Dédicaces », qui réunit des pièces classiques et des pièces populaires. Au mois de janvier, « C’drôle, le classique pour les petits » a permis, pour la première fois, d’initier les enfants à la musique par le biais d’une immersion familiale de trois journées. Ce printemps, la série « Préludes » invite les habitants de l’agglomération à écouter des artistes classiques ou de jazz pour un récital précédé d’une rencontre fraternelle. Et bien entendu, le Festival, dont la direction artistique est actuellement assurée par la violoncelliste Ophélie Gaillard, proposera, pendant huit jours, 29 concerts, des conversations avec les artistes et même un « Bach’n breakfast » pour réveiller très tôt les couche-tard.
Même si l’argent ne fait pas le bonheur, il peut y contribuer. L’appui des pouvoirs publics – département, région, ministère – est indispensable à la réussite. Mais parmi les responsables politiques, bien rares sont les mélomanes. Hormis Bernard Cazeneuve, amateur d’opéra et surtout batteur de rock et de jazz émérite… David Théodoridès aimerait que les élus regardent les Français tels qu’ils sont : « Pendant des années, la gauche a délaissé les quartiers populaires. Une partie importante de la France périphérique est passée des visions politiques modérées, qu’incarnaient la gauche et la droite républicaines, au Rassemblement national ou à La France insoumise. Camp contre camp, champ contre champ, les identités s’affrontent alors qu’elles devraient s’assembler et s’enrichir dans la promesse républicaine. L’espoir est permis de renouer avec ces promesses, c’est aussi à nous de le décider. »
Notre interlocuteur ne donne aucune leçon. Mais il ne se résigne pas à cette confrontation stérile. Son grand-père était pêcheur d’éponges naturelles, en Grèce, près des côtes anatoliennes. Immigré, par la force des choses, en France, ouvrier, il a élevé cinq enfants, lesquels sont devenus médecin – le père de David –, entrepreneurs, tous amoureux de la France dans un esprit d’ouverture et de fidélité. Quand la République est généreuse et sûre d’elle-même, elle peut transmettre les principes qui la distinguent. À la musique, il n’est rien d’impossible.



