Clémentine Mélois, archéologue du quotidien
Que reste-t-il d’une histoire d’amour lorsque tout tient dans quelques cartons ? Avec son humour tendre et son sens du détail, Clémentine Mélois fait du déménagement le récit délicat d’une rupture, où chaque objet devient un éclat de mémoire.
On le sait depuis Georges Perec et sa Vie mode d’emploi : l’appartement, ses recoins et ses secrets constituent un thème prisé par les auteurs contemporains. Dans Vider les lieux, Olivier Rolin racontait, par ce biais, sa vie d’écrivain, ses amours et ses combats politiques. Quant au très populaire Guillaume Musso, son Appartement à Paris attira de nombreux locataires. C’est en passe de devenir une nouvelle convention littéraire : déménager avec talent.
Clémentine Mélois s’adonne à cet exercice de style avec une fantaisie rafraîchissante. Lily, son héroïne de vingt-huit ans, est une professeure de gravure sur laquelle tombe une double tuile : son amoureux la quitte après sept ans de vie commune et elle doit abandonner son petit deux-pièces en province. Dans les cartons s’éparpillent, jour après jour, des artefacts d’une existence heureuse : un Tupperware de chez Gifi, un rouleau de Sopalin, une boule à neige Tour Eiffel, un puzzle incomplet, douze chaussettes orphelines, un verre à moutarde Musclor. Pour elle, tout fait sens et génère de la nostalgie. Lily range, empaquette, renonce à jeter, s’agenouille sur le lino et rêvasse.
Attachée comme à un rocher aux sédiments de son passé, atteinte du syndrome de Diogène, cette obsessionnelle ressasse son chagrin d’amour en dressant un inventaire à la Prévert des petites choses du quotidien. On en veut à Tristan (selon elle, il ressemble au ténébreux Darcy d’Orgueil et Préjugés) d’avoir rompu et on savoure la drolatique chanson de geste de Lily. Sa critique de la société de consommation – toute en ironie gracieuse – est aussi un hommage à la fameuse Complainte du progrès de Boris Vian.
Choses que je croyais perdues, de Clémentine Mélois. En librairie le 20 août. 160 p., 22 €.



