Climat : haro sur les politiques ?
On accuse les élus d’impéritie et de négligence écologique en les mettant tous dans le même sac. Procès facile et mal argumenté : quid de la société, qui a souvent refusé les mesures salvatrices ? Quid du débat droite-gauche, qui porte justement et souvent sur les questions climatiques ?
Long papier du Monde, titré « Les responsables politiques incapables de répondre à l’urgence climatique ». Le journal fustige l’attitude adoptée cet été par les principaux leaders des formations en lice pour la présidentielle sur la crise climatique que vient de traverser le pays. Le gouvernement, écrit-il, a semblé dépassé, l’opposition est restée muette, sinon pour dénoncer rituellement le manque de moyens de la protection civile. Nulle parole forte, nul diagnostic global, nulle proposition convaincante : une bande de muets, de pleutres et d’incapables. Et bien entendu, la thèse rencontrera l’approbation d’une grande partie de l’opinion, qui répond toujours présent dès qu’il s’agit de dire du mal de la classe politique. Pourtant, cette accusation, pour ainsi dire automatique, est-elle juste ?
La société face aux contraintes écologiques
D’abord, les gouvernants ont tenté de faire au mieux, de pallier les insuffisances, de secourir les victimes, de limiter les dégâts. Pas assez ? Sans doute, mais ils ont essayé. Une remarque désagréable, ensuite. Par qui donc sont désignés ces femmes et ces hommes politiques qu’on tient pour tragiquement nuls ? À chaque scrutin, les électeurs ont tout loisir d’envoyer à l’Assemblée, ou à l’Élysée, une majorité de candidates et de candidats soucieux de prendre à bras-le-corps le défi climatique : il y en a. Pourquoi ne le font-ils pas ? Telle devrait être la vraie question.
Une question d’autant plus embarrassante que les Français ne se contentent pas d’élire des représentants qui agissent peu : ils se rebellent dès qu’ils agissent. Tel gouvernement veut limiter le transport routier ultrapolluant ? Aussitôt une insurrection « bonnets rouges » se met en travers. Tel autre veut instaurer une taxe carbone sur les carburants pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles ? Dans les jours qui suivent, le mouvement des Gilets jaunes voit le jour sur les réseaux et déclenche une crise nationale dont l’exécutif a toutes les peines du monde à sortir. Plusieurs municipalités veulent créer – comme dans beaucoup de pays – des « zones à faible émission » (ZFE) qui limitent la circulation des véhicules les plus émetteurs de GES ? En quelques semaines, le démagogue Alexandre Jardin rallie à lui une partie de l’opinion en prenant la défense « des gueux » contre « les élites déconnectées ».
Même mécanisme anti-écologique pour bloquer l’extension du mouvement « zéro artificialisation nette » (ZAN), pourtant destiné à protéger la flore et la faune qui ralentissent le réchauffement climatique. Même réaction contre l’écologie de la part d’une grande partie des agriculteurs, qui rejettent très souvent les mesures susceptibles de garantir une alimentation saine ou de limiter les émissions de GES. En un mot, on incrimine les politiques, mais on oublie de dire qu’ils doivent tenir compte – c’est souvent le cas en démocratie – des réactions populaires aux mesures qu’ils proposent. Si la classe politique n’est pas assez sensible aux enjeux climatiques, est-ce sa faute, ou bien celle de la société ?
Droite et gauche face au climat
Le réquisitoire anti-élus se double d’une grave confusion. On incrimine « les responsables politiques » sans distinction. Tous coupables ! Est-ce si sûr ? La vérité, c’est que la gauche et la droite n’ont pas, sur ces questions, la même attitude, c’est le moins qu’on puisse dire. Il suffit pour le constater de jeter un œil rapide sur les programmes des uns et des autres. Place publique, le PS, Europe Écologie-Les Verts et La France insoumise présentent des plans robustes et détaillés (avec des centaines de mesures) pour conduire la nécessaire transition écologique. Rien à voir à droite et au centre : de ce côté, on reconnaît l’urgence écologique, mais on reste souvent en deçà de la main, manifestement soucieux de complaire à cette partie d’opinion qui sous-estime le danger climatique et refuse à l’avance les contraintes. Quant au parti favori de la compétition, le RN, il peine à faire oublier cette longue période pendant laquelle il a fait droit aux thèses climatosceptiques. Rappelons enfin que depuis dix ans, la gauche ne gouverne pas. Autrement dit, l’opinion la tient pour coupable de ne rien faire, alors qu’elle l’empêche de faire quoi que ce soit.
Les responsabilités au cœur du débat
Voilà comment, dans une analyse paresseuse et doctement poujadiste qui met toutes les forces politiques dans le même sac, on introduit la confusion dans le débat national, on noie les responsabilités dans un discours d’accusation globalisante et on passe sous silence les réels efforts programmatiques du camp progressiste, pourtant seul capable de se hisser à la hauteur des enjeux.



