Climat : la gauche trop tempérée

par Pierre Benoit |  publié le 28/08/2026

En dépit d’une prise de conscience réelle, les partis de gauche n’ont pas encore pleinement intégré la transition écologique comme l’une des bases du « vivre ensemble ».

Le 29 juillet 2026, des militaires allemands, à bord d'un hélicoptère, participent à la lutte contre les incendies à Lanton, à l'est du bassin d'Arcachon, lors des feux de forêt qui ravagent la Gironde. (Photo Ed JONES / AFP)

Ce fut l’été de tous les records. Quatre canicules successives, des mégafeux ravageant l’Europe centrale, l’Espagne, le Portugal, la Belgique et la France, au total 580 000 hectares partis en fumée, des déplacements de population comme l’Hexagone n’en avait pas connu depuis la Seconde Guerre mondiale.

Canicules et mégafeux changent la donne

On a parlé d’une guerre du feu. L’image correspond, en effet, aux moyens employés pour combattre les flammes, avec l’arrivée massive de pompiers accourus de toute l’Europe et l’engagement de plusieurs unités de militaires français. Ce cliché restera d’autant mieux qu’un vocabulaire guerrier soutenait cette comparaison, le président Macron n’hésitant pas à reprendre les formules de chef de guerre apparues avec la crise du Covid. Hommage « à la France qui résiste au feu », a-t-il dit encore lors des cérémonies du débarquement en Provence.

En insistant sur la « riposte », en affichant à l’excès une volonté de combattre les flammes comme on réduit un ennemi, le gouvernement a sans doute voulu faire croire qu’il avait anticipé la canicule et son cortège d’incendies redoutables.

En fait, il n’en est rien. Selon les chercheurs de l’Institut Pierre-Simon-Laplace, « pour une même configuration atmosphérique, les températures sont aujourd’hui jusqu’à 2,5 degrés plus élevées qu’elles ne l’étaient entre 1950 et 1987 ». À l’évidence, l’intensité des vagues de chaleur est la conséquence directe du réchauffement climatique. D’autres canicules avaient précédé l’été que nous venons de traverser – les premiers mégafeux datent de 2022 –, d’autres suivront. La pire des postures serait de croire que l’on puisse s’y habituer. Les climatologues sont unanimes pour considérer que l’on ne pourra pas revenir en arrière. Quand bien même parviendrait-on à la neutralité carbone, en éliminant drastiquement nos gaz à effet de serre, la dégradation du climat ne ferait que se stabiliser.

Dans une étude de l’Institut de recherche de Potsdam, une équipe de climatologues a établi des projections jusqu’à la fin du siècle. En prenant pour hypothèse une augmentation de température de 3,6 degrés, les surfaces brûlées bondiraient de quelque 192 % chaque année. En partant d’un scénario où la température ne bougerait que de 1,8 degré, autrement dit celui qui serait le fruit d’une politique audacieuse pour le climat, les surfaces dévastées par les flammes n’augmenteraient que de 39 %.

Toutes ces orientations ne sont plus des options mais les conditions mêmes du maintien de nos sociétés en état de marche. Comment le dire autrement, puisque le climat s’apprête à recomposer nos territoires, à changer notre agriculture, à bouleverser nos modes de vie. Tout se passe comme si le climat venait d’entrer avec fracas dans nos vies, marquant ainsi une étape civilisationnelle. À terme, il n’est pas impossible que le régime des quatre saisons que nous connaissons en Europe disparaisse. S’il n’en restait plus que deux, une large période de sécheresse en alternance avec une saison humide et fraîche, on sera alors tenté de faire le rapprochement avec ce qui existe sur une partie de l’Afrique.

L’adaptation devient un chantier européen

C’est une lutte déterminée qui doit s’engager pour maîtriser notre adaptation. Dans les villes, il faut accélérer les rénovations thermiques avec des techniques permettant des économies d’énergie mais aussi le rafraîchissement des lieux de vie. Chantiers prioritaires : les écoles, les hôpitaux, les Ehpad. À la campagne, l’industrie du bois et l’entretien des forêts doivent être reformatés. L’agriculture ne peut pas être la seule décisionnaire du partage de l’eau, l’irrigation des cultures nécessitant beaucoup d’humidité doit être prise en compte dans une future réforme de la PAC.

Au cours de l’été, la France, la Belgique, l’Espagne, le Portugal ont fait jouer un mécanisme européen de protection civile. En Gironde, plus de 800 pompiers issus de 14 pays ont été déployés, certains venaient d’Ukraine. Créé en 2001, ce mécanisme européen réunit les 27 pays de l’UE et une dizaine de pays tiers. Cette force de protection civile a montré son efficacité.

La mutualisation des moyens doit se poursuivre avec la création d’une véritable flotte de Canadair. Pour le prochain budget (2028-2034), la Commission affiche son intention de tripler le fonds aujourd’hui alloué au Mécanisme de protection civile de l’UE en le portant à quelque 10 milliards d’euros. Renforcer ce dispositif est devenu un enjeu si l’on songe qu’il n’est pas limité aux incendies. Qui dit protection civile dit en effet inondations, pandémies, séismes ou conflits armés.

La gauche face à la transition écologique

Ce qui frappe aujourd’hui, c’est que les engagements qui devraient être pris avec fermeté ne sont pas pleinement sur la table des formations politiques. En route sur le chemin de la présidentielle, les diverses écuries de la gauche française s’affrontent avec des punchlines qui visent à capter des voix en jouant sur l’inquiétude alimentée par le désordre climatique.

« Il est vital de tout changer dans nos manières de vivre », dit Jean-Luc Mélenchon. Pour le chef des Insoumis, rupture sociale et rupture écologique doivent se conjuguer pour renverser la table. D’entrée de jeu, Raphaël Glucksmann annonce une « République écologique », il oriente son programme autour d’un calendrier pour sortir des énergies fossiles. Très bien, mais comment susciter l’adhésion populaire qui permettra de réussir ce pari ?

En fait, la gauche n’a pas encore pleinement intégré dans son système de représentation la transition écologique comme l’une des bases du « vivre ensemble ». Pour y parvenir, il lui faut susciter une large assise populaire sur la question du climat. Telle est la condition sine qua non pour réussir, en France comme en Europe, notre transition énergétique.

Pierre Benoit