Comment déjouer l’antisémitisme dissimulé ?

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 09/04/2026

De nouvelles formes d’antisémitisme contournent les dispositions légales qui le prohibent. Une proposition de loi, qui sera discutée les 16 et 17 avril, a pour objectif de s’y attaquer.

A l'occasion de la Journée de la Terre, marche de solidarité avec le peuple palestinien. Une manifestante tient une pancarte dénonçant l'aspect liberticide de la proposition de loi (PPL) de la députée macroniste Caroline Yadan. (Photo Valérie Dubois / Hans Lucas via AFP)

Sous couvert de critiquer la politique du gouvernement Netanyahou ou de défendre les droits des Palestiniens, certains propos alimentent l’antisémitisme, lequel connaît hélas un regain manifeste selon les statistiques. De plus en plus souvent, les opinions dites antisionistes masquent des sentiments hostiles aux Juifs en général et ne sont passibles d’aucune sanction. Que faire ?

Une proposition de loi pour élargir le cadre pénal

Ces derniers temps, Jean-Luc Mélenchon, pour ne citer que lui, s’est livré à des exercices sémantiques honteux qui ne le rendent pas passible des tribunaux. Comme l’a écrit dans nos colonnes Bernard Poignant, le « lider maximo » « est un grand malin… qui connaît le code pénal. Il pratique un antisémitisme d’arrière-pensée. Il ne prononce jamais le mot juif, c’est trop risqué, mais son public comprend ce qu’il veut dire ». Comment lutter contre ces pratiques ?

Une proposition de loi de la députée Renaissance Caroline Yadan « visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme » a été adoptée en commission et va être discutée à l’Assemblée nationale les 16 et 17 avril prochains. Ses dispositions élargissent le délit d’apologie du terrorisme et créent un délit d’appel à la destruction d’un État. Elles espèrent apporter une réponse, affirme Caroline Yadan, à « l’explosion des actes antisémites depuis le 7 octobre 2023 ». Ainsi, qualifier le Hamas de mouvement de « résistance », ou réclamer pour les Palestiniens un territoire « allant du Jourdain à la mer », tomberait sous le coup de la loi.

Liberté d’expression et critiques du texte

Est-ce la meilleure manière de s’y prendre ? Des critiques fusent de partout : une pétition citoyenne demandant le retrait de la PPL a réuni plus de 500 000 protestataires ; une grande partie de la gauche votera contre (bien que François Hollande et Jérôme Guedj soient signataires de la PPL et que le PS se soit abstenu en commission) ; certains centristes ont des doutes. Le Conseil d’État a examiné le texte juridiquement. Reste le principal argument des détracteurs du texte : il limiterait la liberté d’expression et rendrait plus difficile la critique d’Israël.

Ses partisans expliquent que derrière des reproches recevables se cache une volonté de rendre tous les Juifs responsables de la politique répréhensible du gouvernement Netanyahou. « La haine antijuive dans notre pays, affirme Caroline Yadan, se nourrit de la haine obsessionnelle à l’égard d’Israël, régulièrement délégitimé dans son existence et criminalisé. Les esprits extrêmes, sous prétexte d’exprimer leur haine à l’égard d’un État, sont les instigateurs d’un antisémitisme réinventé, que l’on pourrait qualifier de géopolitique ».

Un débat relancé depuis le 7 octobre

Jusqu’où doit aller la liberté d’expression ? Peut-on appeler impunément à la destruction d’un État et le comparer à un régime nazi, en sous-entendant que ceux qui soutiennent l’existence d’Israël sont complices de « génocidaires » ? Que l’on soit pour ou contre les dispositions de la PPL controversée, il faut admettre que les mesures prises pour lutter contre l’antisémitisme sont largement un échec et qu’il se déchaîne en particulier sur les réseaux sociaux depuis le 7 octobre.

Des restrictions législatives, quelles qu’elles soient, ne suffiront sans doute pas à stopper une vague délétère entretenue par le conflit israélo-palestinien. Mais il ne faut pas être dupe de certains discours qui, tout en défendant le droit des uns, jettent de l’huile sur le feu de réflexes aussi ancestraux qu’inavouables, blessant les autres. Et plutôt que refuser sur tous les tons d’améliorer la loi, il serait bon de mettre autant d’énergie à proposer quelque chose de concret. Pour apaiser, pas enflammer.

Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse