Comment ils aident Mélenchon

par Laurent Joffrin |  publié le 20/10/2026

À force de critiques mal ajustées, le gouvernement valorise LFI qui apparaît comme la seule opposition digne de ce nom, et favorise la domination des extrêmes sur le débat public, jouant sans s’en rendre compte le jeu du Rassemblement national.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

On le sait, on l’a écrit dix fois : par ses outrances, ses provocations, des déclarations irresponsables, LFI a joué un rôle délétère dans la crise actuelle. En parlant de « violences légitimes », en imputant la responsabilité des événements à la seule police, en refusant de condamner explicitement les exactions des émeutiers, le parti de la conflictualité systématique a sans cesse jeté de l’huile sur le feu.

Mais une fois la chose dite et dénoncée, faut-il gâcher le réquisitoire par des accusations incertaines et des menaces inapplicables ? Le gouvernement accuse LFI d’avoir partie liée avec l’ultragauche incendiaire et suggère sa complicité active dans le déclenchement des troubles. L’ennui, c’est qu’il n’apporte à l’appui de ses dires aucun élément concret, aucune preuve tangible, sinon la teneur des déclarations dont nous parlions, qui ressortissent du débat politique et non du droit pénal.

L’interdiction de LFI au cœur du débat

Dans la même veine, plusieurs voix, dont celle de Gérard Larcher, président du Sénat, agitent l’idée d’interdire le parti de Jean-Luc Mélenchon en raison de son comportement pendant la crise. Là aussi, pure tartarinade. Il faut, pour interdire un parti, un épais dossier démontrant ses agissements illégaux ou violents, ou encore des discours factieux, traîtres à la nation ou appelant directement à la violence. Devant des juges, ceux qui profèrent cette menace envers LFI seraient bien en peine de présenter des arguments juridiquement fondés. Rappelons que, même au plus fort de la guerre froide, aucun gouvernement n’a tenté d’interdire un Parti communiste français pourtant ouvertement stalinien et lié à une puissance étrangère hostile telle que l’URSS.

Les conséquences politiques pour LFI et le RN

Ces palinodies n’ont d’autre effet que de valoriser encore LFI, qui peut à son aise jouer la carte de la victimisation. À tel point qu’un pernicieux jeu de rôles se met en place. Le gouvernement aux abois désigne LFI comme l’ennemi principal du « système », ce qui conforte son socle dégagiste, soigne sa popularité au sein de la jeunesse révoltée et lui permet d’occuper sans cesse le devant de la scène. Au passage, il renvoie dans le clair-obscur des opinions modérées et sans écho le discours rationnel du reste de la gauche, dont le poids électoral à ce jour n’est pas si loin de celui de Mélenchon.

Cette polémique mécanique assoit à chaque fois un peu plus la stature de parti de gouvernement que le RN a conquise par comparaison avec les turlupineries des Insoumis. Dans le dernier sondage Ifop, Marine Le Pen gagne encore trois points pour se rapprocher des 40 % au premier tour. Et si la valorisation de LFI par la macronie finissante continue, elle affrontera Jean-Luc Mélenchon au second tour, ce qui promet au RN une victoire écrasante.

Laurent Joffrin