Commerce : l’empire européen contre-attaque

par Boris Enet |  publié le 27/03/2026

Tandis que Washington fracture l’ordre international à coups de sanctions et d’aventures militaires, l’UE avance ses pions autrement : avec les accords commerciaux et la diplomatie. Après l’Inde et le Mercosur, l’Australie rejoint cette stratégie de recomposition.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le Premier ministre australien, Anthony Albanese, se serrent la main après l'échange des documents d'accord lors d'une cérémonie de signature au Parlement à Canberra, le 24 mars 2026. (Photo DAVID GRAY / AFP)

Adepte des droits de douane à géométrie variable visant à prendre la planète en otage, Donald Trump a probablement perdu la partie. Certes, il peut encore perpétrer quelques mauvais coups ici ou là, mais ses adversaires ont repris l’initiative un peu partout sur plusieurs continents, à l’exception de l’Afrique. Et parmi ceux qui relèvent enfin la tête, après la sidération et l’acceptation, l’Union européenne est au centre de cette dynamique de résilience retrouvée.

Les accords commerciaux comme levier politique

Les accords de libre-échange ne sont pas seulement un moyen policé de régler les déséquilibres propres aux échanges commerciaux avec leurs prolongements politiques. La vision comptable qui additionne et soustrait produits industriels, agricoles et services marchands présente un intérêt immédiat, mais elle ne prend que très partiellement en compte les enjeux géopolitiques. L’utilité majeure de ces accords, librement négociés et consentis au profit des intérêts réciproques des contractants, réside avant tout dans leurs effets politiques. Au placard depuis des lustres, ils sont aujourd’hui en voie d’être conclus, précisément pour en faire un outil de reconstruction d’un monde plus vivable.

Un contexte international sous tension

« L’excursion » militaire en Iran du despotique locataire de la Maison-Blanche, aussi illégale du point de vue du droit international qu’indéfinie dans ses objectifs stratégiques, prendra bientôt fin, d’une manière ou d’une autre. Comme celle de Poutine contre l’Ukraine et l’Europe, qui aura aussi ruiné la Russie. Comme celle de Netanyahu contre l’État libanais déjà victime des terroristes du Hezbollah. C’est ici que le sablier intervient et impose sa loi, celle du « triomphe du temps et de la désillusion ».

Plus cette folle expédition s’éternisera, plus les pertes humaines et les destructions pèseront sur la reconstruction des infrastructures dans le Golfe persique et autour, mais pas seulement. La mondialisation du premier quart du siècle a créé des dépendances inextricables et un développement pour l’humanité qui, pour la première fois de son histoire, pouvait avoir le sentiment de vivre dans un même monde. Un acquis civilisationnel et partagé à préserver. Récession, stagflation ou croissance, le débat est ouvert parmi les économistes, mais l’histoire nous enseigne que des trois options, la dernière est la plus probable.

L’accord UE–Australie au cœur de la stratégie

C’est en tout cas le pari européen qui n’établit pas une muraille de circonstances entre la résistance aux dictateurs et l’offensive pour la réorganisation des relations internationales. Le président socialiste allemand, Frank-Walter Steinmeier, en prenait acte il y a quelques jours à Berlin : « La rupture est trop profonde, et la confiance perdue dans la politique de grande puissance des États-Unis est trop importante, non seulement chez leurs alliés mais aussi, comme je le constate, à l’échelle mondiale ». Trump aurait-il un genou à terre ?
D’un côté un marché d’au moins 450 millions de consommateurs et, de fait, bien davantage, doté d’un proto-État fédéral en devenir ; de l’autre l’Australie, un pays-continent peuplé de moins de 30 millions d’humains. D’immenses ressources souvent inexploitées et parfois surexploitées quand elles le sont.

Les fâcheries récentes, en particulier entre Paris et Canberra, à propos de contrats d’armement de la marine australienne, conclus, sabotés par Londres et Washington et qui laissent l’Australie démunie, ont laissé place à la réconciliation. Et sur cette toile de fond, une menace existentielle ou majeure sous les traits du dictateur de l’Empire du Milieu, Xi Jinping.

L’accord scellé par la présidente von der Leyen et le Premier ministre travailliste Anthony Albanese devrait se révéler gagnant-gagnant. Bruxelles espère augmenter d’un tiers ses échanges avec l’Australie tandis que Canberra en attend 10 milliards de dollars australiens – 6,1 milliards d’euros – de retombées. Qui s’en plaindra ? Comme toujours, les lobbies agricoles, les pessimistes et autres boutiquiers souverainistes ne manqueront pas de dénoncer le nouveau coup de force de Bruxelles, aux côtés de Viktor Orbán. En France, RN, LFI, droites extrémisées de Retailleau et sans doute aussi quelques passéistes de gauche diront leur grande inquiétude et leur peur de l’avenir. Pourtant, les « garanties » sont plus explicites encore que dans le précédent du Mercosur – on progresse en avançant. Un début encourageant qui engage désormais l’UE à la persévérance.

Boris Enet