Contre Le Pen et Mélenchon : la grande coalition ?

par Laurent Joffrin |  publié le 12/08/2026

Voyant la montée des extrêmes, certains au centre rêvent d’une candidature unique allant de Retailleau à Glucksmann. Est-ce vraiment une bonne idée ?

Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, après l'annonce des résultats du premier tour de l'élection présidentielle le 10 avril 2022. (Photo Ludovic MARIN / AFP)

On peut trouver toutes sortes de défauts à François Bayrou, mais on ne peut lui dénier une certaine constance. Fidèle à son éternel projet centriste, l’ancien Premier ministre propose de désigner pour l’Élysée un candidat ou une candidate capable de rallier sur son nom les forces politiques d’un « bloc central » élargi, qui exclurait le RN et LFI et s’étendrait de la droite conservatrice à la gauche responsable, c’est-à-dire, si l’on se réfère aux candidats déclarés, de Bruno Retailleau à Raphaël Glucksmann.

Le scénario d’un duel Le Pen-Mélenchon

Arithmétiquement, le calcul se tient. Il rencontre d’ailleurs un certain écho. Si, dans un exercice de politique-fiction vraisemblable, on affecte à Marine Le Pen un score de 35 % (prédit par les sondages) et à Jean-Luc Mélenchon un résultat de 20 % (qu’il a déjà atteint dans une présidentielle), il reste une masse d’électeurs « non-extrêmes » représentant 45 % des voix. Imaginons que cet espace politique soit partagé entre plusieurs concurrents non marginaux (c’est le cas aujourd’hui), le risque est grand d’aboutir à une finale opposant Le Pen et Mélenchon. Pour prévenir ce danger, François Bayrou a trouvé la solution, depuis toujours chère à son cœur : une candidature unique des « gens raisonnables » de droite et de gauche, qui aurait alors toutes les chances de parvenir au second tour.

Les obstacles à une grande coalition

L’ennui, c’est que l’arithmétique et la politique sont deux choses différentes. En matière électorale, il arrive que deux et deux fassent cinq ou trois… ou zéro. Le calcul de l’ancien Premier ministre se heurte en effet à quelques réalités rétives.

  • Il y faut une personnalité idoine. François Bayrou avance le nom de Thierry Breton. Mais celui-ci n’a ni assise partisane, ni assise populaire. Les Français le connaissent peu et il n’a jamais participé à la moindre campagne nationale. On dira que l’inexpérience électorale est parfois un atout. À condition de ne pas en abuser…
  • La coalition en question doit réunir les LR version réac et une partie des socialistes. Qu’ont-ils en commun ? Pas grand-chose, à vrai dire. Faire un programme commun entre Retailleau et Glucksmann, que tout oppose dans les références, le programme et l’itinéraire ? C’est confectionner un pudding de carpe et de lapin : pas très appétissant.
  • Enfin et surtout, cette coalition, dont le centre de gravité se situera plutôt à droite, où les sociaux-démocrates risquent fort de jouer les supplétifs et où la plupart des leaders ont participé à des gouvernements d’Emmanuel Macron, qu’il s’agisse de Retailleau, de Philippe ou d’Attal, sera-t-elle autre chose qu’une continuation du macronisme sans Macron ? Au moment où le pouvoir sortant bat des records d’impopularité, est-ce la bonne idée pour insuffler l’idée d’un changement ? Le Pen et Mélenchon ne manqueront pas de se jeter sur cet argument pour appeler les électeurs à l’alternance, serait-elle dangereuse. On croira affaiblir les extrêmes. Mais en leur opposant la continuité d’un pouvoir rejeté par l’opinion, on risque fort de les renforcer.

Le choix de la clarté politique

Qu’il faille, pour les uns ou pour les autres, rallier des électeurs au-delà de leur pré carré, c’est l’évidence. Mais croit-on qu’on y parviendra par un accord entre appareils, ou entre candidats ? Après tout, Mélenchon plafonne pour l’instant à 12-13 %. Un bon candidat de la droite républicaine ou de la gauche réformiste peut encore le surpasser et se qualifier pour le second tour. Avant de constituer, dans la confusion idéologique, une coalition macronoïde et paniquarde, ne vaut-il pas mieux jouer, dans un sens ou dans un autre, la carte de la clarté et de la cohérence autour d’un projet de redressement pour le pays ? Au bout du compte, c’est le vote utile qui élèvera, si nécessaire, un barrage contre les extrêmes.

Laurent Joffrin