Hongrie : coup de semonce pour le RN
Avec la défaite de Viktor Orban, le RN perd son meilleur allié en Europe. Ajouté à la détestation des Français pour Donald Trump, à leur souhait de paix en Ukraine et aux failles que révèlent les dirigeants du RN devant les patrons, quelques nuages apparaissent au-dessus d’eux.
Bien sûr, la victoire du Rassemblement national en 2027 paraît aujourd’hui probable tant il fait la course en tête. Plus de 35 %, parfois 37 à 38 %, Jordan Bardella caracole loin devant tous les autres candidats dans les sondages où Édouard Philippe, le seul qui pourrait le battre au second tour, figure 15 points derrière. La une de Paris Match avec Maria-Carolina de Bourbon des Deux-Siciles consacre son avènement. La même photo, à la même date, à la une du même journal, d’Emmanuel et Brigitte Macron annonçait sa victoire à la présidentielle de 2017.
La fin d’un allié stratégique en Europe
Seulement, l’histoire ne se répète pas toujours. Il n’y a qu’à entendre le ton embarrassé de Jean-Philippe Tanguy sur France Inter pour comprendre que la chute de Viktor Orban, après seize années de pouvoir, est, pour le RN, un mauvais présage. Orban était, on le sait, l’allié le plus puissant du Rassemblement national au sein du groupe des Patriotes qui porte, au Parlement européen, les idées de la droite souverainiste dure. Hormis lui, le RN y apparaît isolé, tandis que la leader italienne Giorgia Meloni s’arroge la vedette, avec la droite conservatrice plus pragmatique de la CRE. Ce n’est donc pas pour rien que Marine Le Pen s’était déplacée pour apporter son soutien à Viktor Orban pendant sa campagne électorale : elle savait que sa chute la priverait d’un atout essentiel en Europe.
À présent, quelles conséquences pour le RN ? C’est l’usure du pouvoir qui a fait chuter Viktor Orban et non le fond de ses idées, veut croire Jean-Philippe Tanguy. Cette affirmation vise, bien sûr, à exonérer la ligne du RN alors que les idées d’Orban en sont si proches, comme le décrit Bernard Attali dans sa chronique « Orban, miroir brisé du RN ». Certes, la corruption et le fonctionnement autoritaire de son parti, le Fidesz, ont été clés dans le désaveu historique de la population hongroise envers Orban, ramené au score de 38 %.
Mais même s’il est un conservateur à la Retailleau, Peter Magyar n’est pas Viktor Orban. Sa première mesure symbolique sera d’aller récupérer les subventions européennes que la Hongrie n’a pas touchées en rétorsion de son refus de voter des aides à l’Ukraine. « La Hongrie sera un allié solide de l’Union européenne », avait-il scandé, ému, à la veille de son élection, sur les bords du Danube, en face du Parlement de Budapest.
Pressions internationales et doutes économiques
La deuxième mauvaise nouvelle pour le RN est que l’envoi par Donald Trump de son émissaire, le vice-président J.D. Vance, cinq jours avant l’élection, pour soutenir Orban, n’a eu aucun effet. Et la troisième est que, sur le fond, le leader d’extrême droite avait fait de cette élection un référendum en faveur de sa politique pro-russe contre l’Ukraine. Sur les trois sujets clés que sont l’Europe, Trump et Poutine, la chute de Viktor Orban contrecarre donc les préceptes du Rassemblement national.
La situation internationale n’a jamais fait une élection, et les Français se soucient comme d’une guigne, dans leur vie quotidienne, du sort de Viktor Orban. Mais ils sont attachés au débat d’idées. Et la même semaine, le RN subit en France une sorte de défaite souterraine. Pour se faire élire et briser enfin le plafond de verre du Front républicain, le parti de Jordan Bardella cherche à s’institutionnaliser via la une de Paris Match mais aussi par des rencontres avec les patrons. Pour ce faire, il a recruté, il y a quelques semaines, un nouveau conseiller spécial, François Durvye, ex-dirigeant du fonds d’investissement Otium Capital fondé par Pierre-Édouard Stérin, qui a été chargé de prendre langue avec eux.
Le premier à répondre positivement fut Paul Hermelin, le patron d’Entreprise et Cité, qui a convié Marine Le Pen à dialoguer avec une brochette de grands patrons, comme l’a révélé Le Nouvel Obs. Mais ce que le journal n’a pas dit, c’est qu’ils ont été déçus de la prestation de la leader du RN, le plus atterré d’entre eux étant Bernard Arnault, le patron de LVMH. Ce que la crème du patronat susurre tout bas, le directeur général de la MAIF, Pascal Demurger, le clame sur France Inter : l’arrivée au pouvoir du RN « serait une ruine » pour la France, dénonce-t-il, en pointant « le flou » d’« une Marine Le Pen historiquement étatiste et un Jordan Bardella converti très récemment à l’ultralibéralisme (…), le programme économique du RN est funeste », conclut-il, évoquant, avec le RN, la perspective d’une hausse des taux d’intérêt et d’une mise du pays sous la tutelle du FMI.
La semaine prochaine, ce sera au tour du bureau du Medef d’écouter les propositions du Rassemblement national. Si c’est le rôle de l’organisation patronale de les connaître, c’est aussi sa responsabilité de les juger. De quoi provoquer enfin un débat de fond sur d’autres sujets que l’immigration et voir si le RN a réellement la compétence nécessaire pour gouverner la France.



