Cuba, nouvelle proie

par Boris Enet |  publié le 04/05/2026

En instaurant un embargo quasi total sur le pétrole, les États-Unis aggravent brutalement la situation de la population cubaine. Sous sanctions depuis 1962, Cuba est soudain devenue la nouvelle cible de Donald Trump, en difficulté sur d’autres fronts.

Les transports publics sont quasi inexistants à Cuba, contraignant la population à prendre des transports improvisés et alternatifs, ici à La Havane, le 20 avril 2026. La crise pétrolière s'aggrave, le soutien vénézuélien s'effondrant et les sanctions américaines renforcées par l'administration Trump. (Photo Magdalena Chodownik / Anadolu via AFP)

Il a choisi le 1er mai pour lancer sa diatribe. Rien ne permet d’affirmer que le choix soit délibéré, tant son inculture est notoire. Le « roi MAGA », empêtré dans ses gesticulations internationales, vient d’annoncer un blocus hermétique de l’île qui résiste à la pression de Washington depuis 1959. Jamais à court d’outrances, il affirme que Cuba représente « une menace extraordinaire » pour les États-Unis, alors même que onze millions de Cubains peinent à accéder au minimum vital en matière d’énergie et de produits de première nécessité.

Un danger « imminent » ? On pourrait en sourire si Trump et son entourage extrémiste ne s’évertuaient pas à semer le désordre — voire, demain, la guerre — dans le golfe du Mexique, rebaptisé avec arrogance « Golfe d’Amérique ». Après avoir contribué aux tensions dans le détroit d’Ormuz, déclenché un choc économique mondial et relancé une offensive commerciale contre l’Europe avec des droits de douane en hausse de 25 %, le président se montre toujours plus agressif envers ceux qu’il qualifie de « cinglés gauchistes » du sous-continent — comprendre, tous ceux qui refusent de se soumettre à sa ligne.

Un embargo renforcé contre une île affaiblie

Après la chute de Maduro, seule et maigre victoire extérieure de son bilan, Cuba est-elle une cible facile ? C’est probable, au regard du dénuement extrême d’une population étranglée par les pénuries généralisées, tandis que la répression politique se poursuit. Le régime de Miguel Díaz-Canel ne dispose plus d’une véritable légitimité, ni politique ni historique. Ses slogans ont perdu toute portée. L’éducation et la santé relèvent désormais davantage du mythe que de la réalité, à l’image des figures des « Barbudos », qui avaient inspiré toute une génération, des barricades parisiennes aux luttes anti-impérialistes à travers le monde.

Une mobilisation a bien eu lieu devant l’ambassade américaine. Raúl Castro, dernier représentant historique du régime, nonagénaire, figurait parmi les dizaines de milliers de manifestants — des centaines de milliers, selon le quotidien cubain Granma — encore attachés à la cause anti-impérialiste, malgré les désillusions, les privations et l’usure d’un discours vidé de sa substance. Comme un vieux disque qui tourne encore, le ressort idéologique subsiste, faiblement, au prix d’un encadrement étroit des esprits. La révolution, elle, a depuis longtemps perdu son souffle. Le ministre des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez, a dénoncé des mesures « coercitives, unilatérales, illégales et abusives », tandis que les négociations se poursuivent en coulisses.

Une offensive régionale aux équilibres fragiles

Après l’effacement du pouvoir bolivarien à Caracas, qui pourrait encore soutenir un régime cubain affaibli ? Celui-ci ne suscite plus guère d’adhésion sur le continent, mais sa chute, si elle devait survenir sous pression américaine, aurait une forte portée symbolique. En première ligne, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum défend une position indépendante, refusant de céder aux pressions. Elle affirme son soutien à la souveraineté cubaine et à sa population face aux ingérences extérieures. Toutefois, l’inculpation récente, par un parquet fédéral de New York, du gouverneur de Sinaloa, Rubén Rocha Moya, pour corruption liée au narcotrafic, fragilise sa position à un moment critique. Proche de l’ancien président Andrés Manuel López Obrador (AMLO), il est une figure importante du parti au pouvoir, Morena. L’opposition de droite, notamment issue du Parti révolutionnaire institutionnel, exploite cette affaire, plaçant la présidente sur la défensive et l’obligeant à exiger des preuves irréfutables.

Derrière la pression exercée sur Cuba se dessine une offensive plus large sur l’ensemble du continent américain. Trump peut compter sur des alliés comme l’Argentin Javier Milei ou le Chilien José Antonio Kast. À l’inverse, le Brésil de Lula et le Mexique de Sheinbaum restent des contrepoids majeurs. Dans ce contexte, une chute de Cuba, au-delà de sa portée symbolique, constituerait un revers supplémentaire pour ceux qui défendent un ordre international fondé sur la coopération, face à une logique de confrontation et de déséquilibre.

Boris Enet