Daniel Hope à Gstaad, en mémoire de Menuhin

par Frédérick Casadesus |  publié le 01/08/2026

Il y a 70 ans, Yehudi Menuhin fondait le festival de Gstaad. Le violoniste Daniel Hope, qui fut son élève, entretient la flamme d’un artiste au rayonnement universel.

Daniel Hope, violoniste. (Photo Christoph Soeder / DPA Picture-Alliance via AFP)

La musique à la façon d’une respiration. Naturelle ? Plus encore. Une grâce. Écoutant le jeune Menuhin, Albert Einstein avait déclaré : « Maintenant, je sais qu’il y a un Dieu au ciel ! » Tout au long de sa vie, cet artiste a cherché la lumière. Non pour lui-même – il n’y avait pas moins égocentrique et moins cabot que lui –, mais pour la partager, sans exclusive. Il suffit d’écouter quelques-unes de ses interprétations pour se rendre compte qu’en dépit des périls que faisait peser la fatigue sur ses frêles épaules, Menuhin était capable de toucher au sublime.

Yehudi Menuhin, une quête de lumière

Le 12 mars 1999, à l’âge de 82 ans, l’artiste a quitté ce monde. Mais le festival de Gstaad, qu’il a créé voici 70 ans, se porte à merveille. Daniel Hope, violoniste mondialement reconnu, qui reçut dès son plus jeune âge les leçons du maître, assume désormais la direction de ces rencontres musicales. Il explique sa démarche.

« Ce qui me touche le plus chez Yehudi Menuhin, c’est sa sonorité. Il n’était pas toujours le plus virtuose, le plus technique et le plus précis, mais il possédait une profondeur humaine incomparable, et son violon chantait avec une sincérité, une fragilité et une générosité extraordinaires. Il nous donnait le sentiment de nous dire quelque chose d’essentiel. Je ne cherche pas à l’imiter – c’est impossible –, mais je partage avec lui cette conviction que le son doit être le reflet d’une personnalité, d’une émotion, d’une histoire. La musique est la plus belle quand elle atteint le cœur avant d’impressionner l’oreille. »

Gstaad, entre culture et fraternité

La station suisse de Gstaad est considérée comme l’un des lieux les plus emblématiques du luxe. Nous n’irons pas dire le contraire. Mais Yehudi Menuhin, en y installant des rencontres musicales, a souhaité promouvoir un esprit de culture et de fraternité, dénué d’ostentation et de vanité.

« Il a d’emblée voulu abolir les frontières de la musique, en invitant Wilhelm Kempff ou Sviatoslav Rostropovitch, mais aussi Ravi Shankar ou Stéphane Grappelli, souligne Daniel Hope. J’essaie de lui être fidèle en permettant le dialogue des artistes et des mélomanes. Je cherche une harmonie. »

Un anniversaire placé sous le signe du partage

Le programme du 70ᵉ anniversaire atteste que le nouveau directeur du Menuhin Festival accomplit sa mission de manière généreuse : entre de jeunes artistes classiques, des musiciens venus d’horizons multiples, des femmes cheffes d’orchestre et de vieux messieurs jouant du piano, des solistes merveilleuses et quelques débutants pleins d’avenir, c’est un bal à donner le tournis.

Attentif à ne pas confondre la technique et l’excellence artistique, Daniel Hope aime à rappeler que, pour Menuhin, le violon nous aide à garder le cap dans la tempête. À Gstaad, la musique est magique. Telle une montagne…

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Frédérick Casadesus