Dati datée
Avec les mandats de Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo, la gauche a transformé Paris. La droite est contrainte d’en prendre acte, tout en essayant de revenir en arrière par la bande.
Comment aller à contrecourant de l’histoire urbaine sans le dire ? Tel est l’exercice impossible auquel se livre la droite parisienne pendant cette campagne municipale. Sur deux points essentiels, une lecture attentive de ses propositions montre qu’après les avoir sans cesse dénoncées, elle est obligée de ratifier les orientations prises par Delanoë et Hidalgo.
Mobilités : la fin de l’hégémonie automobile
Il s’agit d’abord de l’aspect le plus visible de la politique parisienne : le recul de l’automobile et la priorité donnée à des mobilités plus civilisées. Que n’a-t-on entendu depuis trente ans ! Le développement du vélo ? Une lubie de bobos coupés du réel. La piétonnisation des berges de la Seine ? Un crime de lèse-automobiliste qui débouchera sur une thrombose de la circulation. La baisse de la vitesse, les couloirs cyclables en site propre, les voies piétonnes, les « coulées vertes » ? Une aberration commerciale et une croisade idéologique qui tend à instaurer une dictature antibagnole.
Constantes dans leur volonté de tenir compte des nouvelles normes écologiques et dans leur refus de soumettre la ville à un moyen de transport polluant et pétaradant, les municipalités socialistes-écolos, constamment réélues, ont tenu le cap en dépit de tous les glapissements conservateurs. Comme toutes les capitales modernes dans le monde, Paris s’arrache peu à peu à l’emprise de l’automobile pour choisir un équilibre plus civilisé entre le transport motorisé individuel, la marche à pied, les transports en commun et les moyens de déplacement silencieux et non polluants que sont les vélos, les trottinettes, les gyropodes ou les scooters électriques.
Désormais passé dans les mœurs, adopté par la population, ce système de déplacements a rendu les refus de la droite parfaitement obsolètes. Du coup, pour éviter une défaite certaine, elle a fait sienne la priorité donnée aux piétons et aux vélos, tout en tentant par de cauteleux aménagements de restituer à la voiture une part de son ancien royaume.
Logement social : une mixité difficile à préserver
L’autre orientation désormais dominante, c’est le souci de maintenir un minimum de mixité sociale, chose difficile à Paris tant le prix du logement atteint des sommets. Depuis 2001, 126 544 nouveaux logements sociaux ont été financés à Paris, qui compte désormais 271 906 logements sociaux au sens de la loi SRU, un chiffre proche du minimum légal de 25 %.
Le programme Dati ratifie là aussi ce résultat en soulignant qu’elle s’efforcerait, en cas de victoire, de rester à ce niveau. Mais là aussi elle tente de limiter par la bande cette mixité en renonçant à préempter de nouveaux logements appelés à rejoindre le parc social.
Pour mettre la gauche dans l’embarras, elle note, avec raison, que la pression sur le parc social n’a jamais été aussi forte, avec 292 000 ménages inscrits comme demandeurs de logement, dont la moitié n’habitent pas Paris. Mais bizarrement, au lieu de poursuivre l’effort, elle promet de le bloquer au niveau actuel en écartant toute nouvelle préemption. Contradiction dans les termes.
Propreté et sécurité au cœur du débat municipal
Certes, elle marque des points en mettant l’accent sur la propreté insuffisante de la ville et sur l’impératif de sécurité réclamé par les Parisiens, ce dont la gauche aurait grand tort de ne pas tenir compte. Mais elle tente de faire marche arrière en cédant subrepticement à son vieux tropisme : retour à l’automobile, entre-soi des classes favorisées dans la capitale.
Les Parisiens veulent-ils de cette restauration qui ne dit pas son nom ? Au-delà des considérations partisanes, là réside le véritable enjeu de cette élection phare.



