Des sénatoriales prophétiques ?

par Laurent Joffrin |  publié le 27/09/2026

De peu d’importance habituellement, les élections sénatoriales font cette fois événement en donnant au RN et à LFI deux victoires symboliques. Moins un accident qu’un présage…

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Survivance du passé, le Sénat devient-il un miroir de l’avenir ? La chambre haute, on le sait, est née en France d’un vieux réflexe conservateur : en 1794, après les fulgurances et les violences de la Convention, assemblée unique, Sieyès et quelques autres, à la recherche d’un régime plus rassurant qu’ils nommèrent Directoire, décidèrent de diviser la représentation nationale en deux assemblées, le Conseil des Cinq-Cents, une sorte de Chambre des députés, et celui des Anciens, composé d’élus plus âgés censés calmer les ardeurs de leurs cadets. Avec des nuances et une interruption en 1848, cette partition du pouvoir législatif a perduré jusqu’à aujourd’hui.

Doté de moins de pouvoirs que l’Assemblée, désigné au suffrage indirect par des élus locaux, le Sénat, qu’on veut plus sage, est censé freiner lui aussi les embardées éventuelles de l’Assemblée, sans pouvoir toutefois s’imposer à elle. Si bien que les scrutins sénatoriaux, projections de la volonté populaire déformées par le prisme de la notabilité, sont jugés de moindre importance, ce qui se comprend.

RN et LFI progressent au Sénat

Pourtant, celui d’hier dimanche fait exception. Certes, droite et gauche classiques retrouvent à peu près leurs petits dans l’affaire. Mais pour la première fois, le Rassemblement national, jusque-là minorisé par des élus enclins à la modération, pourra constituer un groupe à la chambre haute (il aura plus de dix sénateurs) et, pour la première fois également, les Insoumis auront un élu dans ce temple de la mesure et de la raison.

Simple évolution qui reflète la montée des extrêmes dans l’opinion ? Pas seulement. Qui ne voit que ce résultat, aux conséquences concrètes négligeables, fonctionne surtout comme un présage ? Droite et gauche sont stationnaires, immobiles, sans ardeur ; extrême droite et extrême gauche forment la partie mobile du paysage, pleines de confiance et d’alacrité.

Les sondages alimentent les inquiétudes

Les sondages, qui se suivent et se ressemblent, montrent un tableau identique au vote sénatorial. Ainsi de la dernière enquête Toluna pour M6 et RTL, qui prolonge et aggrave les diagnostics précédents : cette fois, Jean-Luc Mélenchon se retrouve au second tour dans toutes les hypothèses testées, devançant Édouard Philippe et le candidat socialiste ; dans le duel final, Marine Le Pen l’emporte aisément, de manière nette contre Édouard Philippe et écrasante face à Mélenchon.

Les partis traditionnels sous pression

Pendant ce temps, les partis républicains, à gauche et à droite, s’embourbent dans des procédures incertaines, où des candidats trop faibles et trop nombreux échouent à mobiliser l’opinion. Tout se passe comme si deux trains étaient lancés l’un contre l’autre, venant des deux extrémités du spectre politique, pour se heurter dans un second tour de cauchemar sans que personne ne puisse les arrêter. À moins qu’un « événement de campagne », une nouvelle donne, ne vienne interrompre cette chute inexorable. On n’en voit aujourd’hui aucune prémisse.

Laurent Joffrin