Dominique Fernandez : une autre Odyssée

par Élizabeth Gouslan |  publié le 04/09/2026

C’est un écrivain reconnu et couronné de nombreux prix littéraires. Il est aussi le doyen de l’Académie française. À 97 ans, Dominique Fernandez offre ses considérations sur le grand âge et ses confidences sur une vie bien remplie. Revigorant !

« Tout n'est pas si noir - Essai sur la vieillesse » de Dominique Fernandez, aux éditions Philippe Rey - Dominique Fernandez, le 26 octobre 2021. (Photo :Stéphane de Sakutin / AFP)

Dominique Fernandez est un honnête homme (au sens du XVIIe siècle) et un homme honnête : de ses privilèges et de ses revenus, il ne cache rien. Le bel Adonis à la chevelure couleur neige et au regard bleu laser sait pertinemment que s’il vieillit bien – ses confrères académiciens, fiers ou jaloux, ne cessent de rappeler à leur doyen qu’il « fait » dix ans de moins – c’est que son train de vie le lui permet. D’une rare franchise, il révèle le montant (coquet) de sa retraite de professeur d’université qui, ajouté à ses droits d’auteur, lui offre un viatique rassurant.

Dominique Fernandez face au grand âge

Avec plus de cent livres au compteur et un Goncourt derrière lui, cet érudit, fou d’Italie et disciple de Stendhal, auteur d’une violente charge contre son père collabo intitulée sobrement Ramon, ne prétend pas nous offrir un énième manuel du savoir bien vieillir. Au contraire, il rappelle astucieusement que chaque individu cultive dans sa jeunesse la sève du grand âge. Tel octogénaire scrogneugneu était sans doute un ado grognon. Et derrière un vieillard jovial, il faut toujours chercher le jeune boute-en-train de jadis. Si l’on a effectivement l’âge de ses artères, mieux vaut les entretenir et les soigner. Pour l’immortel de 97 ans qu’est Fernandez, cette discipline consiste en une heure de marche quotidienne et/ou quelques brasses en piscine.

Une réflexion littéraire sur la vieillesse

Voilà pour l’aspect pratique des choses, mais Tout n’est pas si noir contient évidemment bien d’autres pépites. En vrac : une petite histoire de l’art lue en décryptant les portraits de barbons et de femmes fanées. Une synthèse des grands personnages déclinants de la littérature (dans ce genre, Balzac excelle) et des écrivains chenus mais toujours fulgurants dont Tolstoï est le chef de file. Côté sagesse antique, on ne se lasse pas des dernières paroles de Socrate qui, comparant la mort à un doux sommeil, la remercie d’avance de le délivrer des sentiments de souffrance qui jamais ne s’éteignent.

Bien sûr, le nonagénaire en profite pour livrer des confidences intimes sur sa femme, ses enfants et ses deux compagnons, qu’il choisit dans la fleur de l’âge et qui le comblèrent au sens platonicien du terme. Parfois, tout n’est pas rose non plus, il l’admet. Ne plus recevoir de courrier, sentir sa libido en berne, ne plus être invité pour des conférences à l’étranger, décliner des dîners barbants parce que la méditation solitaire semble plus attrayante que les conversations mondaines : tel est le prix à payer quand l’heure de la retraite (il abhorre ces trois syllabes) a sonné.

Une ode au plaisir de vivre

Reste le plaisir de la contemplation, de la relecture des chefs-d’œuvre et de l’écriture puisqu’aucune faculté cognitive n’est touchée. On referme ce bréviaire, empli d’une sagesse et d’une envie de vivre l’instant présent. Le style est toujours limpide, le savoir (qui est, dit Fernandez, toujours supérieur au pouvoir) intact et la longévité de l’auteur à qui l’on souhaite d’écrire encore longtemps impressionnante. Non, vieillir n’est pas toujours un naufrage. Dans son cas, il s’agit plutôt d’une odyssée !

Dominique Fernandez, Tout n’est pas si noir, Essai sur la vieillesse, Éditions Philippe Rey, 179 pages, 20 euros.  

Élizabeth Gouslan

Journaliste, auteure