Du brun au vert, le RN en mode camouflage

par Clément Barry |  publié le 16/10/2026

Au terme d’un été caniculaire ponctué d’incendies dévastateurs, les récentes ambitions écologiques affichées par Marine Le Pen ressemblent fort à un enfumage. Les déclarations de responsables du RN ces dernières années en attestent.

Marine Le Pen lors de sa présentation d'un «contre-projet de référendum» sur l'écologie, en mars 2021. - © Alain Jocard / AFP

Quelle mouche a donc piqué le Rassemblement national ? Lors d’une conférence de presse aux allures de soutenance, Marine Le Pen a déroulé le 6 octobre le contre-budget de son parti pour 2027, soucieuse de prouver sa crédibilité économique à grand renfort de propositions chiffrées et de dossiers potassés.

Un exposé dont la présidente du RN a profité pour tenter de convaincre la presse et l’opinion de l’authenticité de sa nouvelle fibre verte, presque militante ! « Je ne laisserai pas l’écologie aux forces politiques climato-hypocrites, qui ont beaucoup promis mais n’ont rien fait pour répondre à l’immensité des enjeux », a-t-elle déclaré, annonçant même un « nouveau programme écologique très ambitieux (…) qui permettra d’atteindre la neutralité carbone avant 2050 et de respecter les accords de Paris de 2015 sur le climat ».

Une fibre verte à géométrie variable

Ce sursaut de circonstance tranche avec les prises de position de différents membres de son parti sur la question depuis plus de dix ans… à commencer par les siennes. Pendant la campagne présidentielle de 2012, Marine Le Pen avait ouvertement douté des conséquences de l’activité humaine sur le réchauffement climatique dans un entretien accordé au magazine Terra Eco, avant d’égratigner au passage les membres du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) : « Ce sont les prêtres et les évêques du changement climatique ; ceux qui les contredisent sont traités d’hérétiques. » Une institution qu’elle jugeait encore « très alarmiste » dans les colonnes du Monde en 2023.

Quant à lui, Christophe Barthès, ancien député RN de l’Aude, apportait en 2024 sa contribution — toute personnelle — au débat sur l’urgence écologique en publiant sur X une carte illustrant un record de froid en Suède, assortie d’une analyse pour le moins singulière : « Réchauffement climatique ? Dérèglement climatique ? Le 3 janvier 2024, la Suède a enregistré les températures les plus basses depuis 25 ans, avec −43 degrés. À cette heure, nous n’avons pas encore de commentaires du GIEC. Ils ne se sont toujours pas manifestés. »

Sentant le vent tourner au début de la canicule, à l’été 2026, Thomas Ménagé, député du Loiret et porte-parole du groupe RN à l’Assemblée nationale, avait fini par admettre au micro de France Inter que son camp avait pu « dire des bêtises » sur le climat.

L’écologie à coups de rabot

Pour traduire en actes cette soudaine ferveur écologique à l’approche de 2027, Marine Le Pen expliquait le 6 octobre qu’en cas de victoire à la présidentielle, elle prévoyait notamment de supprimer les subventions aux énergies solaire et éolienne pour économiser selon elle « plus de cinq milliards d’euros ».

Dans cette optique de « rationalisation » des dépenses de l’État et des collectivités, son parti envisage aussi la suppression de la quasi-totalité des « agences et autres organismes parasites ». Une mesure qui pourrait notamment menacer plusieurs organismes publics intervenant dans l’environnement et la santé : l’Office français de la biodiversité (OFB), l’Agence de la transition écologique (Ademe), l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), mais aussi les agences de l’eau. Rien que ça.

Afin d’atteindre la neutralité carbone en 2050, Marine Le Pen dit vouloir privilégier le nucléaire, l’hydroélectricité et la géothermie, poussant jusqu’à la caricature le clivage stérile entre nucléaire et renouvelables qu’il conviendrait pourtant de dépasser d’urgence. Le calendrier de développement de ces filières permet par ailleurs de douter sérieusement de leur capacité à assurer, seules et suffisamment rapidement, l’électrification de notre industrie, des transports et du chauffage.

Des contradictions tenaces

Deux autres incohérences méritent qu’on s’y arrête. Discret ces dernières semaines, Jordan Bardella appelait en janvier 2025 à la « suspension immédiate » du Pacte vert européen, qui vise notamment à atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Le RN prévoit également une réduction drastique de la contribution de la France au budget de l’Union européenne… dont une part substantielle finance justement la transition écologique.

Cette position semble d’autant plus bancale que, face à une Chine ultradominante dans la fabrication des batteries lithium-ion, indispensables à cette transition , la bataille industrielle fera difficilement l’impasse sur l’échelon européen.

Un enseignement ressort déjà de cette maladroite séquence de verdissement de façade : reste à espérer que le climat n’attende pas son salut de Marine Le Pen.

Clément Barry