Écologistes pyromanes ?

par Laurent Joffrin |  publié le 06/08/2026

Nouvel exemple de mensonge par inversion : la droite et l’extrême droite accusent les écologistes d’avoir favorisé les incendies. Alors que ce sont eux qui n’ont cessé de mettre en garde l’opinion contre le danger caniculaire.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

L’inversion accusatoire, on l’a dit hier à propos des événements de Ceuta, est devenue l’arme principale de la droite dure. De même que, pour Donald Trump, l’échec de la guerre d’Iran est une grande victoire, ou que sa défaite électorale de 2020 était un magnifique succès, volé par Biden, la droite et l’extrême droite françaises ont trouvé le véritable coupable des incendies qui ont affligé le pays ces dernières semaines : c’est le mouvement écologiste.

Dans Le Figaro et d’autres feuilles réactionnaires, on a vu fleurir une multitude de tribunes et d’éditoriaux fustigeant l’influence délétère des militants verts, qui se sont coalisés, lit-on, pour entraver la lutte contre le feu. Par quelle diablerie ? C’est tout simple : en vertu d’obscurs scrupules liés à la biodiversité, ils se sont ingéniés à empêcher le débroussaillement des forêts qui aurait pu contenir les incendies. Comme ces pompiers renégats qui se changent en incendiaires, les défenseurs patentés de la nature en seraient devenus les bourreaux !

Le débroussaillement au cœur du débat

Bien entendu, cette calomnie ne résiste pas trois minutes à l’examen des faits. Si certaines associations écologiques ont critiqué les opérations de débroussaillement, c’est parce que l’éradication des sous-bois peut effectivement mettre en danger la survie d’espèces protégées. Elles ont donc demandé que l’on prenne en cette matière quelques précautions pour préserver une flore minimale dans les zones visées, ou pour éviter de s’attaquer aux arbustes ou aux buissons pendant les périodes de reproduction. Mais il s’agit d’exceptions à la règle et non d’un rejet général. Les écologistes ne se sont jamais opposés au principe du débroussaillement, lequel est posé par la loi de manière clarissime.

Ceux qui en doutent peuvent lire les arrêtés édictés depuis des années par la préfecture de la Gironde, principale région sinistrée : pour les autorités chargées d’appliquer les règles de sécurité et de protection de l’environnement, la mise aux normes du sous-bois en vue de contenir les feux est un impératif global ; les restrictions portent sur les modalités de l’opération et non sur son obligation impérative, sous peine d’amende. La vérité, c’est que souvent les propriétaires privés des espaces boisés, ou encore les occupants des maisons qui jouxtent la forêt, rechignent à engager les travaux nécessaires, non à cause des supposées protestations écologistes, mais pour de triviales raisons de temps et d’argent.

Le climat au centre des responsabilités

Quant à la posture politique du parti Vert, elle apparaît clairement quand on retrace les votes qui ont eu lieu sur ce sujet au Parlement. Depuis plusieurs années, ce sont les partis de la droite, de l’extrême droite et du centre qui se sont opposés à l’accroissement des moyens de lutte contre les incendies. La gauche – écologistes compris – a plaidé et voté pour l’accroissement du nombre des pompiers, pour l’augmentation des amendes infligées aux contrevenants ou pour la mise sur pied d’un plan général de gestion des forêts susceptible de limiter le risque de feu.

Les droites et le bloc central ont récusé ces mesures, les uns par souci d’économie, les autres par refus de nouveaux impôts ou de règlements contraignants. Une seule exception : parce qu’elle contestait le tournant « sécuritaire » de la politique gouvernementale, La France insoumise a voté contre le budget du ministère de l’Intérieur, qui contenait certaines mesures de sécurité civile, notamment en matière d’incendies. Ce qui ne l’a pas empêchée de figurer parmi les procureurs les plus virulents de l’imprévoyance gouvernementale…

Ce mensonge par inversion, signe de la trumpisation du débat politique, a une origine évidente. La cause principale de l’augmentation du nombre et de la gravité des incendies de forêt est connue : c’est le dérèglement climatique, qui soumet le pays à des épisodes caniculaires de plus en plus longs et fréquents. Par l’effet de la température et de la sécheresse, les forêts françaises se changent de plus en plus en bûchers sur pied qu’une étincelle malveillante ou négligente enflamme facilement. Or qui a mis en garde depuis plus de trente ans sur la réalité et la dangerosité de ce dérèglement ? Le mouvement écologique, au sens large. Et qui a mené d’indécentes campagnes pour en nier l’existence ou pour écarter les politiques qui auraient pu le combattre ? La droite et l’extrême droite, par la voix de ses leaders ou de ses affidés médiatiques.

C’est ainsi – pour se référer à un auteur en vogue nommé Homère – qu’on impute à Cassandre la responsabilité de la chute de Troie, alors que les lecteurs de L’Iliade ou les spectateurs de L’Odyssée au cinéma savent que les vrais coupables sont ceux qui ne l’ont pas écoutée.

Laurent Joffrin