Édouard Philippe fait de la résistance
Malgré la très médiatique entrée en campagne de Gabriel Attal, le maire du Havre conserve son avance et fait toujours figure de favori dans son camp. Reste l’épreuve du dévoilement de son programme « massif »…
Édouard Philippe tient le coup. Après la séquence ouverte par l’annonce de la candidature de Gabriel Attal, qui n’a négligé aucune recette de communication pour rattraper son retard sur le maire du Havre, on attendait de connaître le nouveau rapport de forces. À l’arrivée, le cadet ne s’envole pas et, malgré un léger tassement, Édouard Philippe reste le favori de la course dans son camp.
Des sondages favorables au maire du Havre
Les intentions de vote des deux instituts de sondage qui les ont récemment testés donnent toujours un avantage de quatre à cinq points au Havrais. Et le tout dernier baromètre de popularité Vérian du Figaro Magazine, s’il place les deux anciens Premiers ministres au coude-à-coude, attribue à Philippe un score de 51 % (+7) parmi les électeurs de droite, le plus élevé du baromètre. Dans cet électorat, Jordan Bardella ne recueille « que » 48 % (+2) et Attal 38 % (+9)…
Le patron de Renaissance va bien sûr continuer à faire campagne, mais force est de constater qu’après avoir mis plein gaz, il est toujours derrière. Soulagement dans le camp d’en face – comprendre les philippistes –, où l’on a quand même compris qu’il fallait se réveiller : on a ainsi entendu NKM (Nathalie Kosciusko-Morizet) apporter cette semaine son soutien au maire du Havre. Même si elle a quitté la France et la politique depuis dix ans, c’est un signal.
D’autres ralliements arriveront au fur et à mesure. Si Philippe est encore bien placé à l’automne, il est probable que des personnalités LR, comme Xavier Bertrand ou Jean-François Copé, soutiendront le patron d’Horizons de préférence à Bruno Retailleau. Aucun ne sera au meeting du patron de LR, pas plus que Laurent Wauquiez, que l’on a vu déambuler dans l’Ain tout sourire auprès d’Édouard Philippe au cours d’un déplacement de campagne du candidat. Cette visite a aussi permis au maire du Havre de montrer le bout du nez sur ses propositions les plus à même de lui ramener des électeurs : ainsi veut-il modifier la Charte de l’environnement dans la Constitution pour mieux protéger le rôle de l’agriculture. Sourires dans les fermes…
Une équation politique encore ouverte
Pour l’instant, Édouard Philippe peut bénéficier de la présence de ses concurrents, sur sa gauche comme sur sa droite. Retailleau empêche des électeurs de filer directement chez Bardella, et Attal retient le centre gauche tenté par Raphaël Glucksmann, ce dernier n’ayant pas opéré un démarrage foudroyant. Son « je vous dirai dans trois mois » a suscité le doute. Et les interminables embrouilles du Parti socialiste ne favorisent pas le lancement d’une candidature sociale-démocrate.
En réalité, les blocs restent assez stables : à l’extrême droite, le RN est quasi assuré de figurer au second tour avec un score supérieur à 30 % ; la gauche ne parvient pas à dépasser son plafond de verre d’un tiers des votants et est structurellement coupée en deux, Jean-Luc Mélenchon faisant bande à part ; la droite et le centre, additionnés, occupent le dernier tiers et, s’ils sont unis, seront qualifiés en finale.
Même si ce n’est pas certain, la droite et le centre, à la différence de la gauche, ont une chance d’arriver unis. Il suffira à Édouard Philippe, s’il est toujours devant, de rallier à lui Gabriel Attal (au nom du pacte selon lequel le moins bien placé s’effacerait devant l’autre) pour être candidat au second tour, éliminant la gauche. Bruno Retailleau ayant le choix douloureux entre se désister ou poursuivre et finir, vote utile aidant, en dessous de 5 %.
Rien n’est joué, bien entendu. Une fois dévoilé, le programme « massif » d’Édouard Philippe peut réfrigérer de nombreux électeurs. Redevenant « la plus bête du monde », la droite peut encore maintenir tous ses candidats et offrir un boulevard à la gauche réformiste. Mais il faudrait pour cela que le candidat social-démocrate trouve des soutiens au centre sans en perdre à gauche. Le dernier baromètre précité indique, hélas, que Raphaël Glucksmann gagne 7 points au centre… mais en perd 8 à gauche. Pas commode de déployer ses ailes sans en brûler une…
En privé, certains leaders de la gauche modérée reconnaissent qu’à cet instant T, Édouard Philippe a les meilleures chances. Raison de plus pour redoubler d’ardeur. Après le méga-meeting de Mélenchon dimanche prochain à Saint-Denis, viendra celui de Raphaël Glucksmann le 13 juin aux Docks d’Aubervilliers. Un défi à relever pour ne pas laisser le monopole du succès au « Vieux », comme on l’appelle à LFI, et ébranler la domination d’Édouard Philippe sur le paysage.



