Édouard Philippe, la droite assumée
Réduire la dette, travailler plus, baisser les dépenses sociales, ne pas augmenter les impôts des entreprises, expulser les étrangers en situation irrégulière, restaurer l’ordre républicain et refonder l’école pour redresser la France. Le programme du maire du Havre est issu de la droite la plus classique. Avantage : il évitera à la gauche la tentation de voter pour lui dès le premier tour.
Avec des « Édouard Président ! » scandés par des jeunes motivés dès les premières minutes, on a pu croire un instant que le meeting avait bien commencé. Las, au fur et à mesure que le discours s’étire, on se pince pour ne pas décrocher… Nous voilà revenus au temps de la droite la plus classique, celle qui égrène les mesures économiques, sociales et de justice les plus traditionnelles. Comme si le Rassemblement national n’était pas aux portes du pouvoir. Comme s’il s’agissait d’instaurer une simple alternance réformatrice. Édouard Philippe nous appelle au « sursaut » et au « rebond », mais sans donner les clés d’une véritable envie de combattre ou d’un enthousiasme qui manque singulièrement.
Un projet ancré à droite
La trame de ce qu’il nous propose lors de son premier meeting de campagne est de « croire en nous » pour « remettre la France sur la bonne voie », « remettre de l’ordre » et « préparer l’avenir de nos enfants ». Qui s’y opposerait ? Mais à l’écouter, on peine à dégager les lignes fortes d’une vision pour la France.
Certes, pour une fois, il s’est dévoilé. Un peu. « Je sollicite la confiance des Français », dit-il. Donc, il se raconte. Normand, né à Rouen en 1970 de parents professeurs de français. Son arrière-grand-père, Louis Philippe, était docker, estampillé CGT et communiste. Son grand-père était aussi docker au Havre. Son père, Patrick, a été le premier de la famille à décrocher son bac. Sa mère, présente dans la salle, qu’il embrasse tendrement, est née dans une famille du Nord, dans les Flandres françaises, à Lille. Sa famille n’était pas riche, mais pas pauvre non plus.
Il n’a manqué de rien et a été aimé. Il se décrit comme un enfant de la classe moyenne qui aimait travailler à l’école. Sa passion était les livres, tous les livres : les romans, les bandes dessinées, les livres d’histoire. Il insiste sur la réussite de l’école publique et laïque à qui, assure-t-il, il doit tout. Il évoque rapidement ses trois enfants : Anatole, Léonard et Sarah, âgés de 23, 20 et bientôt 16 ans, qui ne sont pas là et qu’il n’exposera pas. Enfin, il comprend les malades, dont il a lui-même vécu les difficultés à vivre avec ses maladies auto-immunes.
Les priorités affichées pour 2027
Édouard le pudique fend l’armure. Mais où est le projet qui permettrait aux Français de croire en lui, président de la République ? Il ne promet pas du sang et des larmes, selon la formule de Churchill, qui a dirigé le Royaume-Uni seul en guerre contre les nazis, mais plutôt un peu de sueur, de sérieux et de détermination, quitte à proposer une potion au goût amer.
Rétablir les comptes de la France pour éviter que le FMI soit à nos portes d’ici deux ans : il veut tout à la fois réduire la dette, baisser les dépenses sociales, travailler plus, ne pas taxer davantage les entreprises « qui paient déjà trop d’impôts », expulser les étrangers en situation irrégulière et restaurer l’ordre républicain. Enfin, il refondera l’école, la mère de toutes les batailles, pour redresser la France.
Il s’adresse aux cadres qui devront travailler plus longtemps, aux collectivités locales qui devront se serrer la ceinture. Il invoque le général de Gaulle, qui avait raison de penser que les Français réclament l’ordre et le progrès.
Il n’oublie pas son ami Gérald Darmanin, dont il prend la défense et qu’il appelle à le rejoindre dans sa campagne politique. La justice, dit-il, a besoin de changement : il faut pour cela condamner très tôt à des peines très courtes, rétablir l’autorité des parquets et donner aux maires un pouvoir de sanctions pénales. Et comme le droit d’asile ne peut être dévoyé, il propose d’enlever leurs droits sociaux aux étrangers autant que de besoin.
Sans qu’on connaisse encore le détail de ses mesures, Édouard Philippe dresse le tableau d’une vraie politique de droite qui rétablit la politique de l’offre que la France a, selon lui, abandonnée depuis qu’il a démissionné en 2020. Quelle place pour la France, en Europe et dans le monde ? Quel antidote aux deux poisons du Rassemblement national et de La France insoumise ? On reste sur sa faim, surtout si l’on est un électeur de gauche devant ce catalogue qui n’a rien à envier à celui de la droite bien-pensante.
Plutôt qu’une vraie voie pour l’avenir, Édouard Philippe nous a tracé, comme il dit, une « politique sérieuse, sans se prendre au sérieux ». Un peu court pour redonner l’envie à la France de s’en sortir.



