Éducation : promis, cette fois on s’en occupe !

par Boris Enet |  publié le 04/09/2026

À l’approche de la présidentielle, l’éducation nationale retrouve enfin une place de choix dans les programmes des prétendants. Salaires, effectifs, autorité, laïcité, gratuité : les idées ne manquent pas. Pour le meilleur, parfois, mais aussi pour le pire.

Bruno Retailleau, président du parti de droite Les Républicains (LR) et candidat à l'élection présidentielle française de 2027, présente son programme éducatif à Boulogne-Billancourt, le 31 août 2026. (Photo SIMON WOHLFAHRT / AFP)

Il aura fallu patienter une bonne décennie pour que l’éducation s’impose à nouveau comme une priorité dans cette pré-campagne électorale. À la faveur de la rentrée, tous les prétendants rivalisent de propositions, chiffres à l’appui, pour s’attirer les bonnes grâces des près de 800 000 enseignants, des 300 000 personnels non enseignants travaillant pour la rue de Grenelle et, surtout, des familles de plus de 11 millions d’élèves.

Le salaire des profs met tout le monde d’accord

La nécessité d’une augmentation des salaires fait largement consensus, mais pas les moyens d’y parvenir. Les candidats de la primaire socialiste, François Hollande, mais aussi Gabriel Attal ou Édouard Philippe, en conviennent tous. Il s’agit de quitter le bonnet d’âne des grands États européens pour rattraper la moyenne des pays de l’OCDE en matière de rémunération. Jean-Luc Mélenchon plaide lui aussi pour une nette augmentation, tout en proposant des embauches conséquentes afin d’améliorer le taux d’encadrement des élèves. Reste à savoir comment financer simultanément ces deux mesures.

Les candidats de la gauche républicaine et ceux issus de l’ancien bloc central évoquent la baisse démographique – près de 1,5 million d’élèves en moins d’ici 2035 – pour réaffecter une partie ou la totalité des économies réalisées à la rémunération des enseignants. Les proportions et les modalités d’avancement de carrière varient selon les candidats, mais tous s’accordent sur la nécessité de rendre l’entrée dans le métier plus attractive, ne serait-ce que pour conjurer la crise des vocations, aujourd’hui en fragile voie de redressement. Édouard Philippe évoque une hausse allant jusqu’à 20 %, quand François Hollande propose 10 % d’augmentation générale, parallèlement à une amélioration du taux moyen d’encadrement visant 19 élèves par enseignant, contre plus de 21 aujourd’hui.

Cette prise de conscience est globalement partagée par les partis de gouvernement. Elle repose sur un constat tardif : le déclassement de la profession contribue à affaiblir l’autorité des enseignants et celle des savoirs dans une société de plus en plus marchande. Sans surprise, ce sont les questions plus idéologiques qui réactivent le vieux clivage droite-gauche.

Uniforme, laïcité, gratuité : les clivages sont de retour

L’extrême droite, devenue l’aiguillon d’une partie de la droite, veut généraliser l’expérimentation de l’uniforme, tandis que différentes sensibilités de la droite nationaliste proposent la levée des couleurs dans les écoles. Rappelons pour l’anecdote que, le 8 mai dernier, une malencontreuse erreur technique avait conduit à diffuser « Maréchal, nous voilà » dans les rues de Carpentras, quelques jours après la victoire du RN à la mairie.

À l’autre extrémité du champ politique, les Insoumis veulent revenir sur une loi qu’ils jugent « islamophobe », destinée à préserver la neutralité laïque de l’école et à éviter aux chefs d’établissement d’avoir à arbitrer eux-mêmes les conflits liés aux tenues vestimentaires.

Si les candidats de l’arc républicain défendent globalement la politique de prévention des violences sexuelles et sexistes, notamment avec la mise en place d’un fichier recensant les personnes ne pouvant plus travailler au contact d’enfants après les scandales à répétition dans le périscolaire, la question de la santé mentale reste beaucoup plus floue. Chacun s’accorde sur la nécessité de venir en aide à une jeunesse en souffrance, mais aucun candidat ne dit précisément comment y parvenir. Sans doute parce qu’il serait illusoire de demander à la seule Éducation nationale, même mieux outillée, de prendre en charge un problème d’une telle ampleur. Les indicateurs sont suffisamment préoccupants pour nécessiter un travail commun de la médecine scolaire, de la médecine de ville, des services sociaux et des autres administrations concernées.

La gauche avance en revanche sur le recrutement d’AESH en nombre, quand la droite reste beaucoup plus discrète sur le sujet. Dans certaines municipalités qu’elle dirige, l’extrême droite a déjà réduit des aides sociales destinées aux familles les plus modestes pour la cantine. Mélenchon propose de son côté d’étendre largement la gratuité – cantines, transports scolaires, périscolaire, fournitures -, alors que certaines collectivités ont déjà mis en place des dispositifs importants. En Occitanie, par exemple, un ordinateur est fourni gratuitement aux lycéens des filières générales et professionnelles.

Si Raphaël Glucksmann insiste à juste titre sur l’importance de la mixité sociale face à la ségrégation scolaire déjà à l’œuvre, aucun candidat de gauche, de droite ou du bloc central n’ose véritablement soulever la question des établissements privés et de leur contribution au défi de la mixité. Le dernier à s’y être essayé, fort prudemment, Pap Ndiaye, n’avait obtenu ni soutien ni succès.

En réalité, la droite reste fidèle à ses fondamentaux : une méritocratie scolaire qui tend à sous-estimer les inégalités sociales, culturelles et éducatives entre les familles, ainsi que le rôle correcteur que doit jouer l’école républicaine. La gauche, de son côté, reste réticente à aborder la question du chiffrage et d’une réforme plus générale de l’État.

L’école de demain, grande absente des programmes

Le seul candidat de gauche – encore non déclaré – à y faire allusion est François Hollande lorsqu’il évoque le choc démographique et ses conséquences territoriales à très brève échéance. Il ne sera effectivement pas possible de maintenir partout le même maillage scolaire dans l’ancienne « diagonale du vide », comme il n’était plus possible de maintenir partout des bureaux de poste alors que les flux de courrier s’effondraient. Cette rationalisation est pourtant souvent perçue comme inhumaine ou oublieuse des besoins locaux. Hollande est aussi le seul à proposer de doter chaque élève, sous le contrôle des enseignants, d’un « répétiteur IA » personnel qui accompagnerait les élèves tout au long de leur scolarité, et à prévoir l’ouverture de classes de rattrapage en fin de primaire pour les enfants en difficulté.

Dans le même temps, la concentration des difficultés sociales dans les grandes agglomérations et la prise en charge des enfants qui y vivent – amorcée avec le dédoublement des classes dans les quartiers les plus défavorisés – imposent elles aussi de faire des choix. Aujourd’hui, 83 % de la population française vit dans les aires urbaines. C’est également dans ces espaces urbains et périurbains que les taux de fécondité restent les plus élevés, malgré l’hiver démographique qui s’annonce.

Ces réalités sont peu évoquées alors qu’elles offrent l’occasion de bâtir une politique ambitieuse de planification sur une ou deux décennies. D’autres questions restent elles aussi largement absentes du débat public, comme l’évolution du statut des enseignants ou la simplification d’une administration devenue particulièrement lourde, alors même que la fonction publique attire de moins en moins de jeunes.

La course à l’échalote risque donc de se concentrer principalement sur l’augmentation des salaires des enseignants, mesure légitime mais qui ne saurait tenir lieu de réflexion prospective. À l’instar de la transition écologique, l’Éducation nationale doit pourtant prendre le virage de la modernité et se réinventer face aux transformations démographiques, sociales et culturelles qui la traversent.

Boris Enet