Et si la gauche avait une chance ?
À Blois, les socialistes se sont affrontés mais ont éclairci leurs positions. Dès mi-octobre, ils connaîtront le vainqueur de la primaire et si elle a ou non créé une dynamique. Cela laissera deux mois à François Hollande pour décider s’il sera candidat et de quelle manière. Pendant ce temps, la droite tergiverse.
Le cœur n’est pas à la fête sous la pluie des universités d’été du Parti socialiste à Blois. Rares sont ceux qui se réjouissent des manœuvres et tactiques des uns et des autres, qui font ressortir les divisions des socialistes. Cela n’empêche que l’effervescence de la présidentielle s’est emparée de tous, ce qui, d’une certaine façon, fait renaître l’espoir. L’objectif est partagé : huit mois pour faire battre le Rassemblement national et tenter de faire gagner la gauche.
Pour y parvenir, les candidats à la primaire sociale-démocrate, dont l’issue sera connue le 17 octobre, sont dans les starting-blocks, et chacun y joue sa partition.
À Blois, la primaire se précise
Les plus mobilisés sont les partisans de Raphaël Glucksmann depuis qu’ils ont compris qu’il ne décrocherait pas l’adhésion du Parti socialiste à sa candidature, direction et militants, sans passer par la case primaire à laquelle ils ont dû se résoudre. Fort de ses 10 000 adhérents revendiqués à Place publique et du soutien de la plupart des opposants à Olivier Faure, il est le favori puisque majoritaire au sein des militants, d’autant plus que Boris Vallaud s’est rallié à lui, pour être « utile ».
Raphaël Glucksmann a-t-il pour autant gagné d’avance ? Face à lui, il se frotte à la détermination d’Olivier Faure à le faire trébucher, furieux que l’élève ait dépassé le maître, alors qu’il l’a par deux fois intronisé pour mener la liste socialiste aux élections européennes.
Sur le papier, Olivier Faure n’a aucune chance de l’emporter depuis qu’il a été mis en minorité par le Conseil national du PS lors du choix des modalités de la primaire.
Sur les 22 000 adhérents du PS, il ne peut guère compter sur plus de 10 000 votes. Mais il jettera toutes ses forces dans la bataille et il a montré dans le passé qu’elles peuvent être efficaces. En cela, « Olivier Faure est le meilleur allié de François Hollande », commente Boris Vallaud. Ainsi, les journalistes, ébahis, l’ont-ils vu débarquer en pleine séance convoquée par Glucksmann-Vallaud, pour couper l’herbe sous le pied de ses adversaires. « Je suis venu leur souhaiter la bienvenue (chez moi) », a souri Olivier Faure, ravi d’avoir flingué la démonstration des deux alliés devant la presse.
C’est aussi lui que les soutiens de Raphaël Glucksmann voient derrière la candidature de Ségolène Royal qu’Olivier Faure aurait, disent-ils, suscitée. Il serait prêt à faciliter les parrainages nécessaires à sa candidature. L’ex-star de 2007 sait comme nulle autre prendre la lumière et a toutes les audaces : elle peut déstabiliser la primaire à laquelle Olivier Faure insiste à convoquer François Hollande, faisant mine d’ignorer que la seule participation de son ex-compagne l’en empêcherait s’il l’avait un moment envisagé.
C’est enfin Olivier Faure qui fait venir François Ruffin, à ses côtés à Blois, pour montrer qu’il n’a pas renoncé à l’union de la gauche dès le 1er tour, comme un contre-miroir à Raphaël Glucksmann que nombre de militants jugent trop à droite. Le Premier secrétaire veut-il aussi faire oublier l’absence de Marine Tondelier qui, pour la première fois depuis qu’elle dirige les Verts, n’a pas cru bon de se déplacer à Blois ? En raison de la fatigue de sa fin de grossesse, comme le prétexte Cyrielle Chatelain venue la représenter ? Ou plutôt, comme c’est vraisemblable, pour laisser le champ libre à un rapprochement des Verts avec LFI comme le redoutent les socialistes ?
Glucksmann face aux autres candidats
La primaire sociale-démocrate ne se réduira pas au match annoncé entre Raphaël Glucksmann et Olivier Faure, veut croire le candidat Jérôme Guedj qui insiste sur l’élargissement attendu de l’électorat. Les 10 et 17 octobre, il suffira de s’être inscrit sur la plate-forme et d’avoir payé 15 euros pour pouvoir voter. Cela changera-t-il la donne ? Il y aura dix fois moins de votants que lors de la primaire de 2011 qui en avait mobilisé 3 millions, parie François Hollande. S’il y en avait 300 000, ce serait un joli score, revendiquent les organisateurs qui évoquent, eux, un plancher de 100 000 votants.
Le match n’est pas encore plié, pense aussi le candidat Philippe Brun, qui se définit « d’une autre génération que les éléphants et les revenants », et veut « apporter un vent de fraîcheur et de nouveauté », en infusant le pouvoir d’achat dans le débat public. Lui, dit qu’il hésiterait à se rallier au second tour à Raphaël Glucksmann parce qu’il n’est pas socialiste et fait remarquer, comme nombre de militants à Blois, que ce serait la première fois depuis les années 1960 qu’il n’y aurait pas de candidat issu du PS à la présidentielle.
François Hollande attend décembre
La chance de François Hollande ? « Je suis là car je suis socialiste », assène-t-il sur la raison de sa venue à Blois, en marge de l’organisation officielle. Lui ne participera pas à la primaire. Il ne croit pas qu’elle créera une dynamique alors qu’une primaire « divise » plutôt qu’elle ne « rassemble » et qu’elle est, selon lui, « trop précoce ». Si la gauche est son socle, lui, l’ex-président de la République s’adresse en outre à un public plus large et veut rassembler « l’union sacrée des démocrates » qui connaîtra son « moment de vérité » en décembre.
Hollande se situe donc ailleurs, au-dessus de la mêlée et il prend soin de s’étonner que le premier débat de rentrée ait eu lieu à l’invitation du Medef où les présidentiables ont eu le tort, dit-il, de distribuer d’emblée des cadeaux aux patrons.
Au moment où la droite compte pléthore de candidats, voici donc la gauche en ordre de marche vers la présidentielle, avec une feuille de route qui s’est éclaircie. Ceci, au moment où, pour la première fois depuis dix ans, le total gauche progresse nettement dans le dernier sondage IFOP à 35-38 %.
Outre Jean-Luc Mélenchon, elle aura mi-octobre un seul candidat légitimé par la primaire que François Hollande décidera ou non de défier en décembre, en fonction de sa dynamique électorale. La date coïncide, ça tombe bien, avec celle que la droite a retenue pour choisir son candidat. Avec l’inconvénient pour celle-ci que, sauf surprise, ils soient encore nombreux en lice à ce moment-là : ni Édouard Philippe, ni Gabriel Attal, ni Bruno Retailleau n’ayant envie de renoncer et Xavier Bertrand, voire David Lisnard, voulant grossir leurs rangs.
Un seul candidat à gauche, contre cinq à droite : c’est un avantage certain pour se situer au cœur de la recomposition politique que ne manquera pas alors de provoquer la présidentielle de 2027.



